Un « icepocalypse » met en lumière les risques d’un géant de l’IA sur un réseau électrique déjà fragile en Louisiane
À proximité de Richland Parish, en Louisiane, où Meta construit son plus grand centre de données, Donna Collins, dont la famille habite depuis cinq générations dans la même maison, voit son cadre de vie rural et paisible menacé par un projet d’envergure. Ce centre, estimé à 27 milliards de dollars, devrait consommer trois fois plus d’électricité chaque année que la ville de La Nouvelle-Orléans, et nécessite la construction de trois nouvelles centrales au gaz par la compagnie électrique Entergy. Ce projet, dont la livraison est prévue pour 2030, s’inscrit dans une course mondiale vers l’infrastructure nécessaire à l’intelligence artificielle générative, mais soulève des inquiétudes croissantes chez les résidents. La récente tempête de glace, surnommée « icepocalypse » par Collins, a mis à mal le réseau électrique local, provoquant des coupures prolongées pour des milliers de foyers, dont le sien, pendant quatre jours. Cette situation a révélé la vulnérabilité du réseau dans une région déjà exposée aux aléas climatiques. Les températures extrêmes ont non seulement augmenté la demande d’énergie, mais aussi provoqué des pannes dans les puits de gaz, faisant grimper les prix du carburant. Les conséquences économiques pour les ménages sont immédiates : les factures d’électricité et de chauffage risquent de s’envoler, surtout si les nouvelles infrastructures alimentant Meta sont mises en service. Meta affirme avoir collaboré avec Entergy pour réduire les coûts pour les consommateurs, promettant une économie de 650 millions de dollars sur 15 ans grâce à son financement des travaux d’infrastructure. Toutefois, des experts comme Logan Burke, directeur exécutif de l’Alliance for Affordable Energy, estiment que cette promesse ne tient pas compte de tous les coûts, notamment les améliorations des lignes de transmission ou la pression accrue sur le marché du gaz. Les organisations environnementales et énergétiques, dont l’Union of Concerned Scientists, ont dénoncé l’analyse de stabilité du réseau réalisée par Entergy, estimant qu’elle sous-estime les risques d’effondrement du système en cas de panne majeure. Les habitants, comme Collins, craignent des effets secondaires : hausse des taxes foncières, des loyers, de la valeur des terres, et une pression accrue sur les ressources locales, notamment l’eau. Bien qu’elle ne soit pas opposée au progrès, Collins insiste sur le besoin de garanties concrètes : formation professionnelle locale, embauche de résidents, préservation de l’environnement. Son neveu, fermier, travaille déjà sur le chantier, un signe de l’impact économique immédiat, mais aussi de l’incertitude sur l’avenir de l’agriculture. L’affaire de Richland Parish illustre une tendance nationale : les projets de centres de données suscitent de plus en plus de résistance, non seulement pour leur consommation énergétique, mais aussi pour leur impact social et environnemental. Sans études approfondies, sans transparence et sans mécanismes de protection pour les communautés vulnérables, ces géants technologiques risquent de transformer des zones rurales paisibles en terrains de conflits énergétiques et économiques.
