Études : l'IA altère mémoire, créativité et persévérance
Les récentes recherches sur l'intelligence artificielle générative suscitent un débat récurrent sur ses effets cognitifs, faisant écho aux craintes suscitées par les calculatrices, les moteurs de recherche ou encore le GPS. Contrairement à ces outils qui fournissent des informations, l'IA produit des réponses et des idées, favorisant un phénomène de délégation cognitive où les humains confient une partie de leur réflexion à la machine. Les études publiées ces dernières années indiquent que cette dépendance pourrait modifier nos facultés de raisonnement et de persévérance. Nataliya Kosmyna, chercheuse au MIT, a démontré que l'utilisation prolongée de l'IA pour rédiger des textes entraînait une baisse des performances cognitives comparativement à l'usage de Google ou à l'absence d'assistance. Une expérience menée par la Wharton School a révélé que des lycéens ayant recours à un tuteur mathématique standardisé à l'IA réalisaient de moins bons résultats une fois l'outil retiré, tandis qu'un dispositif pédagogique plus structuré préservait leurs compétences. Par ailleurs, une recherche de l'Université Carnegie Mellon a montré qu'une exposition de seulement dix minutes à une IA réduisait la persévérance face à des exercices difficiles, les utilisateurs abandonnant plus facilement dès que l'assistance disparaissait. La créativité fait également l'objet d'analyses contrastées. Une analyse de plus de 370 000 dissertations universitaires publiée par des chercheurs de Georgetown a mis en évidence que les textes assistés par IA utilisaient un vocabulaire plus original, mais présentaient moins d'idées novatrices que les productions humaines. Les experts soulignent que l'IA se distingue des raccourcis traditionnels en générant des concepts à notre place, ce qui pourrait, à long terme, affaiblir la pensée créative si elle n'est plus exercée. Bien que ces résultats soient alarmants, les chercheurs rappellent que la science est encore en phase exploratoire. Aucune étude longitudinale n'a encore prouvé des altérations neurologiques irréversibles, mais les risques d'atrophie des compétences de raisonnement critique et de mémoire spatiale, par analogie avec l'usage intensif du GPS, ne peuvent être ignorés. Cette dynamique concerne particulièrement les jeunes générations qui pourraient manquer l'opportunité d'acquérir des fondations intellectuelles robustes. Face à cette technologie omniprésente, les spécialistes recommandent une adoption raisonnée. Plutôt que de rejeter l'IA, ils préconisent de conserver une pratique régulière des compétences cognitives de base, de limiter son recours lors de l'apprentissage fondamental et de réserver son utilisation aux tâches de complément ou d'optimisation. Garder le contrôle sur nos processus de réflexion, savoir quand ne pas solliciter l'outil et préserver l'espace de la page blanche deviennent les nouveaux enjeux d'une ère où la technologie pense à notre place.
