Microsoft soutient Anthropic face au Pentagone
Microsoft s'est officiellement rangé aux côtés d'Anthropic pour contester une décision du Pentagone qui interdit aux sous-traitants de défense d'utiliser les services de l'entreprise de l'intelligence artificielle. Dans un mémoire juridique déposé mardi devant un tribunal fédéral de Californie, la géante de la technologie a averti que le blanchiment de facto d'Anthropic par le Pentagone menace l'écosystème de l'intelligence artificielle américain et nuira à l'ensemble du secteur technologique. La procédure fait suite à une décision récente de Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre, qui a classé Anthropic comme un risque pour la chaîne d'approvisionnement nationale. Cette mesure oblige immédiatement les sous-traitants militaires à cesser toute collaboration avec Anthropic. De plus, le président Donald Trump a ordonné à toutes les agences fédérales d'arrêter d'utiliser les modèles d'Anthropic dans un délai de six mois. Microsoft souligne une incohérence majeure dans cette approche : le département de la Guerre se donne un délai de transition de six mois pour lui-même, alors qu'il impose un arrêt immédiat pour les contractants privés qui dépendent de ces technologies comme couche fondamentale de leurs propres produits. Microsoft rappelle qu'il a investi jusqu'à 5 milliards de dollars dans Anthoine fin novembre dans le cadre d'un partenariat élargi avec cette entreprise et Nvidia. L'application immédiate de la décision du Pentagone imposerait donc des coûts substantiels et des risques opérationnels à Microsoft ainsi qu'à d'autres entreprises américaines. Les avocats de la société affirment que cette mesure perturbe gravement les contrats existants avec l'armée. Au-delà des enjeux commerciaux, Microsoft soutient les préoccupations exprimées par le CEO d'Anthropic, Dario Amodei, concernant les risques d'utilisation abusive de l'intelligence artificielle. Le mémoire juridique précise que l'IA doit être encadrée par des garde-fous stricts pour empêcher son utilisation à des fins de surveillance de masse sur le territoire national ou pour lancer des guerres via des machines autonomes sans contrôle humain. Microsoft insiste sur la nécessité de trouver un équilibre entre l'accès à des technologies de pointe pour le département de la Guerre et la sécurité éthique de ces outils. Cette action juridique bénéficie d'un soutien élargi dans la Silicon Valley. Sam Altman, le PDG d'OpenAI, a appelé le Pentagone à reconsidérer sa désignation, malgré les critiques précédentes liées à un accord précipité avec le département de la Défense. Parallèlement, une centaine d'employés d'OpenAI et de Google, y compris Jeff Dean, le scientifique en chef de Google, ont signé un mémoire séparé pour s'opposer à la décision du Pentagone. Malgré ces pressions, les responsables du Pentagone, y compris Hegseth, ont rejeté les inquiétudes d'Amodei sur les armes autonomes et la surveillance. Un porte-parole de Microsoft a déclaré que toutes les parties ont besoin de temps et de processus pour trouver un terrain d'entente commun. Selon lui, le département de la Guerre a besoin d'un accès fiable aux meilleures technologies du pays, tout comme le gouvernement, le secteur technologique et le public ont besoin d'une voie claire pour s'assurer que l'IA ne sera jamais utilisée pour une surveillance de masse ou pour initier des conflits sans contrôle humain. L'objectif est d'aligner ces impératifs stratégiques et éthiques par le biais d'une discussion régulée plutôt que par des interdictions brutales.
