Exécutif de Meta : L'IA est compromise si les artistes exigent un accord pour son entraînement.
Nick Clegg, ancien vice-président des affaires mondiales et de la communication chez Meta, a exprimé son inquiétude concernant les exigences de consentement des artistes pour l'utilisation de leurs œuvres dans l'entraînement des modèles d'intelligence artificielle (IA). Ces déclarations ont été faites lors d'une promotion pour son prochain livre, "How to Save the Internet", au Charleston Festival le jeudi 18 mai. Clegg a quitté Meta en janvier de cette année après avoir occupé un poste de président des affaires mondiales en 2022. Selon Clegg, il serait raisonnable de permettre aux artistes de s'opposer à l'utilisation de leur travail pour entraîner des modèles d'IA. Cependant, il estime que demander le consentement préalable à chaque artiste avant d'utiliser leurs œuvres dans ces systèmes est irréaliste. Il explique : "Ces systèmes s'entraînent sur d'énormes quantités de données. Je ne vois pas comment on pourrait aller demander à tout le monde d'abord. Si vous le faisiez en Grande-Bretagne et que personne d'autre ne le ferait, vous tueriez l'industrie de l'IA dans ce pays du jour au lendemain." Cette position de Clegg intervient alors que le gouvernement britannique examine comment réguler l'industrie de l'IA. En octobre dernier, le gouvernement a introduit le projet de loi Data (Use and Access), qui autorise les entreprises à utiliser des œuvres créatives comme des livres et de la musique pour entraîner des modèles d'IA, sauf si le détenteur des droits d'auteur opte explicitement pour ne pas y participer. Cependant, début mai, la Chambre des lords a voté pour modifier ce projet de loi afin d'exiger des entreprises technologiques qu'elles obtiennent le consentement et fassent une divulgation avant d'utiliser des œuvres protégées par le droit d'auteur. La Chambre des communes a rejeté cette modification. L'artiste Elton John, parmi d'autres personnalités du monde créatif, a vivement critiqué le projet de loi. Dans une interview avec la BBC le 18 mai, John a déclaré être "très en colère" contre le projet de loi, le qualifiant de "vol à grande échelle". Il a même indiqué être prêt à intenter un procès contre le gouvernement pour défendre ses droits. John a ajouté : "C'est criminel, je me sens trahi." Plusieurs autres célébrités, telles que Paul McCartney, Dua Lipa, et Andrew Lloyd Webber, ont également signé une lettre ouverte en appui à l'amendement proposé, soulignant l'importance de la transparence et du respect des droits d'auteur. Beeban Kidron, à la fois productrice de films et réalisatrice, a été à l'initiative de cet amendement. Elle a affirmé qu'un tel cadre de transparence permettrait d'appliquer le droit d'auteur et réduirait les risques de vol de contenu. Dans un article d'opinion publié dans The Guardian, Kidron a promis que "le combat n'est pas terminé" et a indiqué que le projet de loi Data (Use and Access) reviendra devant la Chambre des lords début juin. Elle a souligné que sans un cadre de transparence, l'industrie créative britannique serait lésée. Le secrétaire d'État à la technologie, Peter Kyle, a réagi en affirmant que l'économie britannique a besoin que les secteurs de l'IA et de la création réussissent tous deux. Il a soutenu que l'amendement proposé pourrait nuire à l'innovation et au développement de l'IA dans le pays. Les débats autour de ce sujet mettent en lumière le dilemme entre la protection des droits d'auteur et l'avancement de l'IA. Les partisans de l'amendement estiment que la transparence est essentielle pour maintenir la confiance des artistes et prévenir l'exploitation abusive de leurs œuvres. De l'autre côté, les opposants, comme Clegg, craignent que de telles exigences ne freinent l'innovation et ne mettent l'industrie britannique de l'IA en difficulté face à la concurrence internationale. En arrière-plan, l'industrie de l'IA continue de se développer rapidement, avec des investissements importants dans la recherche et le développement. L'adoption de lois strictes en matière de droits d'auteur pourrait effectivement créer des obstacles majeurs pour les entreprises britanniques, les forçant à s'adapter à des normes plus rigoureuses que celles de leurs concurrents internationaux. Cependant, la question reste sensible, car elle touche directement au respect des créateurs et à la valeur de leur travail. Nick Clegg, qui a servi comme député adjoint au Royaume-Uni de 2010 à 2015 avant de rejoindre Meta, apporte une perspective unique à ce débat. Son expérience en politique et en technologie lui donne une vision globale de l'impact potentiel de ces lois sur l'industrie. Cependant, sa position est critiquée par ceux qui pensent que la protection des droits d'auteur est non seulement juste, mais nécessaire pour maintenir la vitalité de l'industrie créative. Le projet de loi Data (Use and Access) est donc au cœur d'un conflit entre l'innovation technologique et la protection des droits d'auteur. Les décisions prises par le Parlement britannique auront des répercussions importantes, non seulement sur l'industrie de l'IA du pays, mais aussi sur la manière dont les œuvres créatives sont valorisées et respectées dans le contexte numérique.
