Tessera IA pour voir la Terre
Tessera, un modèle d’intelligence artificielle de nouvelle génération dédié à l’observation de la Terre, a été officiellement présenté lors du congrès CVPR 2026 à Denver. Développé par une équipe de l’Université de Cambridge en collaboration avec des partenaires européens dont l’Université Aalto et l’Agence spatiale européenne, ce modèle a été lancé en 2025. Sa publication évaluée par les pairs marque une étape importante pour la communauté scientifique. Tessera traite les données massives des satellites Copernicus Sentinel-1 (radar) et Sentinel-2 (optique) pour générer ce que ses créateurs appellent des embeddings. Ces représentations compressées résument les changements de surface terrestre sur une année complète avec une résolution de 10 mètres. Au lieu de transmettre des images pixelisées lourdes, le modèle produit des séries temporelles numériques complètes, comblant automatiquement les lacunes causées par les nuages ou les problèmes techniques. Chaque pixel contient l’historique des transformations survenues sur un point donné de la planète entre 2017 et 2025. Cette approche offre plusieurs avantages majeurs. Les embeddings sont légers, permettant leur utilisation sur un ordinateur portable ou un smartphone sans infrastructure informatique dédiée. Conçu comme un projet à code ouvert et respectant les principes FAIR, Tessera réduit considérablement le besoin en données étiquetées. Des chercheurs sans expertise avancée en intelligence artificielle peuvent ainsi analyser des phénomènes à l’échelle mondiale en quelques clics. L’accès est gratuit et ne nécessite aucune inscription. Les applications concrètes sont déjà visibles. Le modèle permet de suivre la santé des cultures, d’évaluer les zones brûlées après des incendies, ou de cartographier la canopée forestière. Au Royaume-Uni, un consortium utilisant Tessera évalue l’efficacité des politiques de protection des habitats dans le comté de Cumbria, offrant aux autorités un outil précis pour mesurer l’impact des subventions agricoles et des programmes de conservation. Contrairement à des systèmes fermés comme AlphaEarth de Google DeepMind, Tessera privilégie la transparence et l’ouverture. Selon Srinivasan Keshav, co-responsable du projet à Cambridge, cette architecture constitue un changement de paradigme en observation spatiale. En transformant des flux d’images volumineux en représentations sémantiques compactes, elle démocratise l’accès aux données Copernicus pour des disciplines traditionnellement moins équipées en moyens numériques. Tessera s’inscrit dans un écosystème plus large d’innovations européennes dans le domaine des modèles fondamentaux pour l’observation terrestre. Le laboratoire Φ-lab de l’Agence spatiale européenne développe également Thor et TerraMind, deux autres réseaux neuronaux qui, au lieu de compresser les données annuelles, conservent le contexte spatial d’images individuelles. Ces projets complémentaires confirment la position de l’Europe à l’avant-garde de l’intelligence artificielle appliquée au suivi environnemental global.
