Usage élevé d'opioïdes prescrits lors des grossesses en Nouvelle-Zélande : un problème à examiner
Hautes taux d'utilisation d'opiacés observés lors de grossesses en Nouvelle-Zélande L'étude internationale la plus récente révèle que la Nouvelle-Zélande compte la troisième plus haute fréquence d'utilisation prescrite d'opiacés pendant la grossesse, derrière les États-Unis et l'Islande. Cet examen, mené par l'Université de New South Wales et publié dans la revue Anesthesiology, a analysé les données d'usage des opiacés prescrits pendant plus de 20 millions de grossesses dans 13 pays à revenu élevé, sur une période allant de l'an 2000 à 2020. L'étude excluait les cas d'usage pendant l'accouchement. Présentation des Résultats La co-auteure de l’étude, Dr Sarah Donald, du Département de Médecine Préventive et Sociale de l'Université d'Otago, a souligné que les résultats étaient inattendus. En Nouvelle-Zélande, près de 8% des grossesses ont été exposées à des opiacés, contre 4% au Canada et 0,4% au Royaume-Uni. Les opiacés les plus couramment prescrits étaient la codéine et le tramadol. Ces médicaments sont connus pour leur capacité à traverser le placenta, exposant ainsi le fœtus potentiellement à des risques. L'analyse montre que, dans la plupart des pays étudiés, l'usage des opiacés était stable ou en légère baisse sur cette période de 20 ans. Cependant, en Nouvelle-Zélande, les taux restent anormalement élevés, ce qui suscite des interrogations sur les guidelines locales. Dr Donald a également noté que l’usage d’opiacés était plus répandu lors de la fin de la grossesse, chez les femmes ayant un faible revenu et un indice de masse corporelle (IMC) élevé. Contexte et Tendances L'augmentation générale de l'usage de médicaments prescrits pendant la grossesse au cours des deux dernières décennies peut être attribuée à plusieurs facteurs. Selon Dr Donald, cela pourrait refléter l'âge croissant des femmes enceintes, qui augmente la prévalence des conditions médicales nécessitant un traitement. De plus, la reconnaissance croissante du sous-traitement historique des femmes enceintes contribue à ce phénomène. Pour les opiacés spécifiquement, les raisons exactes de cette augmentation restent floues, mais l’étude offre des pistes intéressantes pour de futurs travaux de recherche. Dr Donald a ajouté que, parmi celles qui ont utilisé des opiacés pendant leur grossesse, environ 80% ont reçu une seule ordonnance. Cela suggère que bon nombre de ces cas peuvent avoir été liés à des traitements ponctuels pour des conditions de douleur modérées ou sévères. Risques Associés Selon Professeur Lianne Parkin, également de l'Université d'Otago, les opiacés peuvent traverser le placenta, ce qui expose le fœtus à des risques potentiels. L’usage d’opiacés lors des premiers stades de la grossesse peut accroître le risque de malformations congénitales. De plus, ces analgésiques peuvent augmenter le risque de naissances prématurées et de faible poids de naissance, ainsi que provoquer des problèmes respiratoires ou des symptômes de sevrage chez le nouveau-né après l’accouchement. À long terme, ils peuvent également entraîner des troubles du développement neurologique. Professeur Parkin insiste sur l'importance de peser ces risques avant de prescrire des opiacés pour traiter la douleur modérée ou sévère pendant la grossesse. Un équilibre doit être trouvé entre le soulagement de la douleur maternelle et la protection de la santé du fœtus. Perspectives et Recommandations Les chercheurs recommandent une reconsidération urgente des guidelines en matière d’usage d’opiacés pendant la grossesse en Nouvelle-Zélande. Ils suggèrent également une attention particulière aux facteurs locaux tels que la prévalence des conditions douloureuses, l’organisation du système de santé, et les attitudes envers la gestion de la douleur. En outre, ils encouragent la mise en place de mesures de surveillance et de formation pour les professionnels de santé, afin de mieux comprendre et gérer ces risques. Des professionnels de l'industrie pharmaceutique ont également réagi en appelant à une collaboration interdisciplinaire pour élaborer des alternatives de traitement moins dangereuses. Ils soulignent que le défi réside dans l’équilibrage subtil entre le soulagement efficace de la douleur et la sécurité du fœtus. Cette étude renforce l’idée qu’il est essentiel de revoir les pratiques actuelles pour minimiser les risques associés sans compromettre le bien-être des mères enceintes. Profils: Dr Sarah Donald - Co-auteure, chercheuse au Département de Médecine Préventive et Sociale de l'Université d'Otago, spécialisée en épidémiologie et en santé publique. Professeur Lianne Parkin - Co-auteure, chercheuse au même département, connue pour ses travaux sur les effets à long terme des médicaments pendant la grossesse et les politiques de santé publique. Contexte de l'Étude: Cette étude fait partie d'un efforts plus large visant à améliorer la compréhension des effets des médicaments sur la santé maternelle et fœtale. Elle met en lumière les disparités importantes entre les pays à revenu élevé en termes de prescription de médicaments à usage de la douleur pendant la grossesse, mettant l'accent sur la nécessité de revoir et d’harmoniser les guidelines sur un plan international.
