Nvidia s’engage dans la 6G et l’IA nationale : une offensive technologique à l’image de l’Amérique
À l’occasion de son événement GTC Washington DC, Jensen Huang, cofondateur et PDG d’Nvidia, a martelé un message clair : la relance technologique des États-Unis. Habillé de noir comme à son habitude, son discours s’est pourtant teinté de rouge, blanc et bleu, incarnant une vision stratégique de repositionnement de l’Amérique au sommet de l’ère de l’intelligence artificielle. Il a mis en avant une ambition nationale : redonner à l’industrie technologique américaine sa suprématie mondiale, en repensant la conception, le développement et la fabrication de technologies critiques, notamment dans les télécommunications, l’informatique quantique, les supercalculateurs et la cybersécurité. Un pilier central de cette stratégie est la modernisation du réseau de télécommunications. Nvidia s’associe à Nokia, entreprise finlandaise, dans un partenariat renforcé par un investissement de 1 milliard de dollars. Ensemble, ils intégreront les produits AI-RAN d’Nvidia dans la gamme de réseau radio (RAN) de Nokia, permettant aux opérateurs de déployer des réseaux 5G et 6G nativement intelligents. Cette collaboration vise à réduire la dépendance aux technologies étrangères, longtemps dominantes dans les infrastructures de communication. Huang a souligné que l’Amérique a jadis défini les standards mondiaux du sans-fil, mais qu’elle a perdu cette position. « Cela doit cesser », a-t-il affirmé. Pour concrétiser cette vision, Nvidia a dévoilé l’Aerial RAN Computer Pro (ARC-Pro), une plateforme accélérée conçue pour le 6G, intégrant le CPU Grace, le GPU Blackwell et la connectivité Mellanox. Grâce à la librairie CUDA-X Aerial, cette solution crée un système informatique programmable, capable d’effectuer des traitements d’IA et de communication sans fil simultanément. Nokia s’engage à réécrire son stack logiciel pour intégrer cette technologie. Dans le domaine quantique, Nvidia a présenté NVQLink, une nouvelle architecture d’interconnexion reliant directement les processeurs quantiques aux GPU. Cette technologie est essentielle pour la correction d’erreurs quantiques, qui nécessite des calculs classiques rapides pour détecter et corriger les erreurs sans perturber les qubits. NVQLink permet de transférer des téraoctets de données par seconde entre les systèmes quantiques et les GPU. Ce dispositif s’appuie sur CUDA-Q, la plateforme hybride classique-quantique d’Nvidia. Dix-sept entreprises de calcul quantique et huit laboratoires nationaux américains, dont Oak Ridge et Lawrence Berkeley, adopteront NVQLink. Par ailleurs, Nvidia construit sept supercalculateurs pour le Département de l’Énergie (DOE), dont Solstice, alimenté par 100 000 GPU Blackwell, et Equinox, avec 10 000 Blackwell. Ensemble, ils atteindront 2 200 exaflops. Huang a salué les politiques énergétiques du gouvernement Trump et le rôle du secrétaire à l’Énergie Chris Wright dans la relance de l’innovation scientifique. La demande pour les puces d’IA d’Nvidia ne cesse de croître, illustrée par une commande de 20 millions de GPU (équivalent à 20 millions de chiplets) pour Blackwell et Rubin, contre 4 millions pour Hopper. Huang affirme avoir une visibilité sur 500 milliards de dollars de commandes jusqu’en 2026, soit cinq fois la croissance de Hopper. Cette forte demande provient principalement de hyperscalers, ce qui limite la marge de prix, mais devrait s’améliorer avec l’adoption par les entreprises. L’avenir repose sur la co-conception extrême, comme avec les superchips Vera (CPU Arm) et Rubin (GPU), destinés à des systèmes comme Mission (gestion du stockage nucléaire) et Vision (recherche en sécurité nationale), qui devraient atteindre 100 petaflops. En somme, Nvidia ne se contente pas de vendre des puces : elle façonne l’infrastructure technologique de demain, enracinée dans une stratégie nationale de souveraineté numérique et de leadership industriel.
