Musk lance Grokipedia, copie allégée de Wikipedia
Le 27 octobre, Elon Musk a lancé Grokipedia, une encyclopédie en ligne conçue par son entreprise d’intelligence artificielle, xAI, présentée comme une amélioration radicale de Wikipédia. L’objectif affiché : contribuer à la mission de xAI de « comprendre l’univers ». Pourtant, ce projet, lancé en version « v0.1 », a rapidement suscité des critiques pour ses similitudes frappantes avec Wikipédia, tant au niveau du design que du contenu. La page d’accueil, centrée sur une barre de recherche, et les articles structurés avec titres, sous-titres et références rappellent fortement celles de l’encyclopédie collaborative. Mais là où Wikipédia repose sur une communauté mondiale de bénévoles, Grokipedia fonctionne comme une plateforme fermée : aucun utilisateur ne peut modifier directement les articles. Les corrections doivent être signalées via un formulaire, sans transparence sur les processus de génération ou de vérification. Une contradiction majeure émerge : malgré les critiques répétées de Musk contre Wikipédia, qualifiée de « biaisée à gauche » ou même d’« antisémite », Grokipedia s’appuie largement sur ses contenus. Certaines pages, comme celle de Yann LeCun, sont presque copiées mot pour mot. Le site reconnaît même cette dépendance en mentionnant à la fin des articles : « Le contenu est adapté de Wikipédia ». La Fondation Wikimedia a réagi avec ironie : « Même Grokipedia a besoin de Wikipédia pour exister. » Ce paradoxe illustre une réalité fondamentale : les modèles d’IA comme Grok sont entraînés sur des bases de données publiques, dont Wikipédia, sans reconnaissance ni compensation. Les différences deviennent plus marquées sur des sujets sensibles. Sur le changement climatique, Grokipedia minimise le consensus scientifique, suggérant que les médias et les ONG « alimentent la panique » sans preuves proportionnées. Sur les questions de genre, il adopte une vision binaire basée sur le sexe biologique, utilisant des termes péjoratifs et renforçant des narrations stigmatisantes. Quant à la couverture politique, elle est clairement orientée : l’événement du 6 janvier 2021 est présenté de manière à atténuer la responsabilité de Donald Trump, tandis que le magazine WIRED, critique du projet, est qualifié de « propagande de gauche ». Le contenu sur Elon Musk lui-même est particulièrement éloquent : une fiche de près de 11 000 mots, plus longue que celle de Wikipédia, vantant ses réalisations et critiquant la régulation et le « culture de l’affirmation identitaire ». Elle omet toutefois des faits controversés, comme son geste controversé en janvier. Des erreurs factuelles ont également été détectées, comme une affirmation fausse sur Vivek Ramaswamy, soutenue par des sources non pertinentes. Plusieurs experts, dont Jimmy Wales, co-fondateur de Wikipédia, soulignent que les modèles d’IA ne sont pas encore capables de produire une encyclopédie fiable seule. La force de Wikipédia réside dans sa transparence, sa collaboration ouverte et sa culture de correction continue. Grokipedia, en revanche, est un produit privé, contrôlé par une entreprise, dont les biais idéologiques et les limites technologiques sont invisibles. Si le projet vise à offrir une alternative, il ne remplace pas le modèle public, collectif et vérifiable de Wikipédia. Dans un monde où l’information est de plus en plus polarisée, la confiance ne se construit pas par le capital ou l’IA, mais par l’ouverture, la diversité des voix et la responsabilité partagée.
