Pourquoi Silicon Valley ne peut plus se payer sa propre révolution
Pourquoi la Silicon Valley ne peut-elle pas se permettre sa propre révolution Suivez l’argent. Le pilier central du récit autour de l’intelligence artificielle générative — ce filet de sécurité psychologique qui distingue la folie actuelle de l’effondrement catastrophique du dot-com dans les années 2000 — a toujours été la théorie des « adultes dans la pièce ». On nous répète que cette fois-ci, tout est différent : les entreprises en tête de la course ne sont pas des startups fragiles, brûlant des fonds de capital-risque pour des livraisons de nourriture pour chats. Non, il s’agit de géants comme Nvidia, Google, Microsoft, Meta et Amazon (pas Apple), et, dans la mesure où certaines entreprises émergentes, comme OpenAI ou Anthropic, consomment aussi des capitaux, elles sont en réalité protégées par leurs accords ou rachats par les géants de la tech. Ce sont des États souverains déguisés en sociétés, aux réserves de trésorerie si profondes — ou du moins, c’est ce qu’elles prétendent — qu’elles pourraient financer toute la révolution avec des miettes. On nous a convaincus que leur liquidité est un puits sans fond, garantissant que le développement de l’IA se poursuivra sans interruption, jusqu’à l’arrivée de l’intelligence superintelligente (ou jusqu’à son absence, ce qui revient au même, puisqu’elles obtiendront leur retour sur investissement dans les deux cas). Même en cas d’investissements excessifs dans l’infrastructure IA, même si l’IA ne génère pas les gains de productivité à court terme promis, même si… rien de tout cela ne compte vraiment, affirment-elles, car les revenus qui financent tout cela sont déjà assurés, et indépendants de l’IA elle-même. Ces revenus proviennent surtout des plateformes cloud, qui sont aujourd’hui au cœur de leurs activités — une activité « voisine » de l’IA, mais suffisamment solide pour tenir le haut de l’édifice. Mais derrière ce récit rassurant, un paradoxe s’installe. Ces géants, si puissants, ne sont pas inébranlables. Leur capacité à financer l’IA à long terme repose sur des modèles économiques qui, à terme, pourraient s’effondrer. Leur trésorerie, si abondante, n’est pas illimitée, et leurs bénéfices actuels sont de plus en plus tributaires de l’expansion de l’IA — une expansion qui, elle, dépend de leur propre investissement massif. C’est un cercle vicieux : l’IA doit réussir pour justifier les investissements, mais les investissements sont nécessaires pour que l’IA réussisse. Et si, un jour, les retours ne viennent pas ? Si les entreprises de cloud ne parviennent pas à maintenir leur croissance ? Alors, le « puits sans fond » s’assèche. La révolution, si elle n’est pas rentable, devient insoutenable. La Silicon Valley a peut-être oublié que les révolutions ne se financent pas elles-mêmes. Elles sont portées par des promesses, mais elles doivent, tôt ou tard, produire des résultats tangibles. Et quand les résultats manquent, ce sont les fonds qui s’évaporent. La vraie question n’est donc pas : « L’IA va-t-elle arriver ? » Mais : « Qui paiera la facture quand elle n’aura pas tenu ses promesses ? »
