Une chercheuse allie neuroscience, musique et IA pour réinventer les outils de santé mentale
Kimaya (Kimy) Lecamwasam, neuroscientifique computationnelle et musicienne accomplie (bassiste et guitariste), a toujours vu la musique comme un pilier de sa vie. Issue d’une famille musicale, elle a grandi en jouant dans des groupes, une pratique qui lui a permis de surmonter son anxiété et sa timidité. Pour elle, la composition et la performance étaient des moyens essentiels d’expression et de gestion de sa santé mentale. Cette expérience l’a profondément poussée à s’interroger sur les mécanismes scientifiques derrière l’effet puissant de la musique sur l’émotion et le cerveau, l’amenant à étudier la neurosciences à Wellesley College, où elle a obtenu un diplôme en neurosciences systémiques et computationnelles, complété par une formation musicale. Elle a participé pendant trois ans au programme de recherche de l’MIT (MUROP), travaillant dans le laboratoire d’Emery Brown sur la classification de la conscience chez les patients anesthésiés et le développement de prothèses contrôlées par interface cerveau-machine via l’apprentissage par renforcement. Motivée par le désir de fusionner science et art, elle a rejoint le MIT Media Lab, dans le Programme de Sciences et Arts Médiatiques (MAS), où elle poursuit aujourd’hui un doctorat au sein du groupe Opera of the Future. Son travail s’inscrit dans une recherche ambitieuse : exploiter le potentiel thérapeutique de la musique pour développer des outils non pharmacologiques en santé mentale. Son mémoire de master portait sur la « pharmamusicologie », étudiant comment la musique peut influencer positivement la physiologie et la psychologie des personnes anxieuses. Actuellement, elle explore l’impact des concerts en grand format sur le bien-être des spectateurs et des interprètes, tout en cherchant à valider cliniquement l’écoute, la composition et la performance musicales comme interventions complémentaires à la psychothérapie et aux traitements médicamenteux. En collaboration avec le laboratoire d’Anna Huang, elle évalue la résonance émotionnelle entre musique générée par l’IA et musique humaine, visant à définir des applications éthiques de ces technologies dans le domaine de la santé. Elle a co-animé un atelier de bien-être musical au Sommet du Bien-être à Bilbao, et présenté ses travaux à des conférences internationales comme CHI 2023 et Audio Mostly 2024. Elle collabore avec des institutions comme Carnegie Hall (via son Institut Weill Music) pour des concerts de bien-être, et avec le projet North Shore Lullaby Project sur l’impact des berceuses sur la santé périnatale. Elle travaille également avec Myndstream, PixMob et Empatica (spin-off du Media Lab) pour étudier l’effet combiné de la musique en direct, de l’éclairage interactif et des émotions dans les stades. Reconnue pour son engagement communautaire, Lecamwasam est une figure clé du Media Lab. Elle a participé au programme SOS, aide les candidats du MAS à intégrer le programme, et deviendra bientôt la première mentor peer du MAS, mettant en place un système de parrainage entre étudiants de master et doctorants. Elle fait aussi partie de Studcom, l’organisation étudiante qui renforce la cohésion du collectif. Selon son directeur de recherche, Tod Machover, elle incarne l’esprit du Media Lab : un mélange rare de rigueur scientifique, créativité artistique et engagement humain. Pour Lecamwasam, cette communauté bienveillante est la clé de sa motivation, même face aux défis. Son travail, à la croisée de la neurosciences, de l’IA et de la musique, ouvre une voie prometteuse vers des interventions mentales personnalisées, éthiques et profondément humaines.
