La mémoire, le maillon manquant pour atteindre l’IA superintelligente
Le véritable saut qualitatif que doit accomplir l’intelligence artificielle pour atteindre une superintelligence réside dans une mémoire puissante. Chez les humains, la mémoire de travail — notre capacité à conserver et à utiliser des informations dans la vie quotidienne — est étroitement liée à l’intelligence générale. Cela signifie que la capacité d’un système d’IA à se souvenir pourrait être la clé pour développer une intelligence artificielle supérieure à celle de l’humain, une forme théorique d’IA capable de raisonner aussi bien ou mieux que nous. Sam Altman, PDG d’OpenAI, est convaincu que la limite de l’intelligence actuelle de l’IA réside précisément dans ses capacités de mémoire. « Même le meilleur assistant personnel ne peut pas se souvenir de chaque mot que vous avez jamais prononcé, ne peut pas avoir lu tous vos e-mails, tous vos documents, ne peut pas consulter chaque jour votre travail et se souvenir de chaque détail », a-t-il déclaré lors de l’émission « Big Technology ». « Aucun humain n’a une mémoire infinie et parfaite. » Mais l’IA, elle, pourrait y parvenir. Selon Altman, la mémoire actuelle des systèmes d’IA reste rudimentaire, encore au stade embryonnaire. « Une fois que l’IA pourra se souvenir de chaque détail granulaire de la vie d’un utilisateur — y compris les préférences subtils qu’il n’a jamais exprimées explicitement — elle deviendra extrêmement puissante », a-t-il ajouté. C’est d’ailleurs l’une des fonctionnalités futures qui l’excite le plus. Andrew Pignanelli, cofondateur de The General Intelligence Company à New York, une entreprise spécialisée dans le développement d’agents IA pour les entreprises, partage cette vision. Il affirme que la mémoire deviendra le sujet central des innovations en IA au cours de l’année à venir. « C’est le dernier maillon avant l’AGI », écrit-il dans un billet de blog. « Tous les fournisseurs de modèles intégreront et amélioreront leurs systèmes de mémoire après avoir vu le succès d’OpenAI avec la fonction de mémoire dans ChatGPT — comme l’a fait Claude récemment. » Toutefois, Pignanelli insiste sur le fait que l’industrie est encore loin de maîtriser une mémoire à long terme efficace. Bien que les fenêtres contextuelles plus grandes permettent de traiter davantage d’informations en une seule interaction, elles ne suffisent pas à atteindre la richesse détaillée nécessaire pour une intelligence générale. « Même avec ces améliorations, la quantité de détails que nous devons intégrer pour considérer une IA comme véritablement autonome reste bien au-delà de nos capacités actuelles », écrit-il. La mémoire épisodique à court terme n’est pas non plus encore parfaitement résolue. Pour Pignanelli, résoudre ces défis mémoire est essentiel pour transformer l’IA d’un outil artificiel en une entité qui semble humaine. « Nos systèmes actuels maîtrisent déjà l’interaction. Sur le plan du test de Turing, nous sommes presque parvenus à la perfection. Mais ce n’est que la moitié du chemin », souligne-t-il. « La première IA générale sera un processeur très intelligent combiné à un système de mémoire exceptionnel. »
