Geoffrey Hinton prévient : l'IA pourrait provoquer un chômage massif et une inégalité croissante
Geoffrey Hinton, surnommé le « père de l’intelligence artificielle », a lancé un avertissement alarmant sur les conséquences sociales de l’essor de l’IA. Ancien chercheur chez Google et lauréat du prix Nobel pour ses travaux fondateurs sur les réseaux de neurones, Hinton dénonce aujourd’hui les effets dévastateurs que pourrait avoir l’intelligence artificielle sur l’emploi et l’équité sociale. Selon lui, les riches utiliseront l’IA pour remplacer les travailleurs, entraînant une « grande chômage massif » et une concentration accrue de richesse entre les mains d’un petit nombre, tandis que la majorité de la population verrait son niveau de vie décliner. Il attribue ce scénario non pas à la technologie elle-même, mais au système capitaliste qui l’encadre. « Ce n’est pas la faute de l’IA », affirme-t-il dans une interview au Financial Times, soulignant que les bénéfices de l’automatisation seront captés par les actionnaires, au détriment des travailleurs. Hinton rejette également l’idée d’un revenu universel de base (RUB) comme solution suffisante. Bien qu’il ait auparavant soutenu des expérimentations de RUB, il estime désormais que l’argent ne peut pas compenser la perte de dignité liée à l’absence de travail. « Le RUB ne règle pas le problème de la dignité humaine », explique-t-il, ajoutant que les gens tirent leur sens de leur contribution au travail. Ce point de vue s’inscrit dans une réflexion personnelle : ayant perdu deux épouses à cause du cancer, il espère que l’IA pourra révolutionner la santé et l’éducation, mais il craint que, dans la réalité, elle ait plutôt pour effet de détruire les emplois. D’autres dirigeants technologiques adoptent une vision plus nuancée. Sam Altman, PDG d’OpenAI, est un fervent partisan du RUB, allant jusqu’à financer l’une des plus grandes expérimentations aux États-Unis. Elon Musk a lui aussi appelé à un revenu universel, imaginant un futur où l’IA prendrait en charge la majeure partie du travail, libérant les humains pour des activités plus créatives. Vinod Khosla, investisseur influent, prévoit que l’IA accomplira 80 % des tâches dans 80 % des emplois, rendant le RUB indispensable pour éviter une inégalité sans précédent. Dario Amodei, chef d’Anthropic, va plus loin : il considère que le RUB n’est qu’un élément parmi d’autres, et que la société devra inventer de nouveaux modèles économiques et sociaux pour faire face à ce bouleversement. Hinton reste prudent. Pour lui, la révolution de l’IA est une étape décisive dans l’histoire humaine, dont le résultat pourrait être soit « incroyablement bon », soit « incroyablement mauvais ». Malgré ses espoirs pour des avancées dans le domaine de la santé, il met en garde contre une société déséquilibrée, où la technologie, loin de servir l’humain, finirait par le marginaliser.
