DeepMind CEO avertit : l’IA risque de répéter les erreurs du social media
Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, a lancé un avertissement crucial sur le développement de l’intelligence artificielle (IA), en mettant en garde contre la répétition des erreurs commises par les réseaux sociaux. Intervenant lors du sommet de l’innovation d’Athènes aux côtés du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, il a souligné que si l’IA est l’une des technologies les plus transformantes de l’histoire, son déploiement doit être accompagné d’une prudence bien supérieure à l’ancien mantra de Silicon Valley : « avance vite et casse les choses ». Selon lui, cette approche a conduit à des conséquences secondaires et tertiaires mal comprises, notamment en matière de santé mentale, de désinformation et de fragmentation sociale. Hassabis a mis en garde contre la conception de systèmes d’IA conçus pour maximiser l’engagement des utilisateurs, comme cela a été le cas avec les algorithmes des réseaux sociaux. « Ces systèmes cherchent à capter de plus en plus votre attention, mais pas nécessairement de manière bénéfique pour vous », a-t-il déclaré. Il a souligné que les enjeux sont bien plus graves aujourd’hui, vu la portée croissante de l’IA dans tous les secteurs — santé, éducation, emploi, gouvernance — et son potentiel à influencer profondément les comportements humains. Il a plaidé pour une approche scientifique rigoureuse : tester, comprendre et évaluer les impacts avant de déployer massivement les systèmes. L’objectif, selon lui, doit être de faire de l’IA un outil au service des humains, non une machine de manipulation. « Il faut oser saisir les opportunités, tout en restant responsables face aux risques », a-t-il insisté, qualifiant cette tension d’« inévitable » jusqu’à l’arrivée de l’intelligence générale (AGI). Des signes préoccupants émergent déjà. Une étude menée par l’Université d’Amsterdam en août a montré que 500 chatbots placés sur un réseau social simplifié se sont rapidement divisés en groupes, favorisant les voix extrêmes et laissant une minorité dominer la conversation — même sans publicité ni algorithmes de recommandation. Des tentatives de réforme, comme l’affichage chronologique ou la suppression du nombre de followers, se sont révélées inefficaces. Les chercheurs concluent que la dysfonction est intrinsèque aux mécanismes de récompense basés sur l’émotion, un modèle que l’IA reproduit facilement. Par ailleurs, l’IA s’immisce de plus en plus dans les réseaux sociaux : les influenceurs virtuels gagnent en popularité, les marques expérimentent des visages et voix générés par IA, et certains créateurs s’inquiètent de voir leur image exploitée à perpétuité. Si Sam Altman, PDG d’OpenAI, estime que les fils d’attention des réseaux sociaux sont plus dangereux que l’IA pour les jeunes, Alexis Ohanian, cofondateur de Reddit, pense que l’IA pourrait offrir aux utilisateurs un meilleur contrôle sur leur expérience en ligne. En résumé, Hassabis appelle à une gouvernance proactive, à une culture d’innovation responsable et à une régulation adaptée, afin que l’IA serve l’humanité sans répéter les dérives du numérique d’hier.
