Nobel d’économie 2023 : trois chercheurs récompensés pour avoir déchiffré le moteur de la croissance technologique
Le prix Nobel économique de cette année a été attribué à trois chercheurs ayant démontré comment les sciences et la technologie sont à l’origine de la croissance économique durable. Joel Mokyr, de l’Université Northwestern, remporte la moitié du prix « pour avoir identifié les conditions nécessaires à une croissance soutenue grâce aux progrès technologiques ». L’autre moitié est partagée entre Philippe Aghion, du Collège de France et de la London School of Economics, et Peter Howitt, de l’Université Brown, « pour leur théorie de la croissance soutenue par la destruction créatrice ». Pendant la majeure partie de l’histoire humaine, la croissance économique était quasi nulle. Mais au cours des deux derniers siècles, les avancées scientifiques et technologiques ont permis une croissance continue. Les travaux de Mokyr montrent que les innovations technologiques seules ne suffisent pas : il est essentiel de comprendre pourquoi ces découvertes fonctionnent, et que les sociétés soient ouvertes au changement. C’est cette ouverture qui permet aux nouvelles inventions de remplacer progressivement les anciennes, dans un cycle perpétuel. Aghion et Howitt ont développé un modèle mathématique qui décrit précisément ce processus de « destruction créatrice », où les nouvelles technologies rendent obsolètes les anciennes, même si elles sont encore utilisées. Ce mécanisme explique pourquoi la croissance économique globale peut être forte, tout en étant profondément perturbateur pour certaines entreprises, qui peuvent disparaître face à de nouveaux concurrents innovants. Lors d’une conférence de presse ce matin, Aghion a insisté sur l’importance de l’ouverture pour stimuler la croissance, tout en critiquant la montée des tendances protectionnistes aux États-Unis. « Tout ce qui freine l’ouverture représente un obstacle à la croissance. Je perçois actuellement des nuages sombres s’accumuler, avec des pressions en faveur de barrières commerciales et de fermeture », a-t-il déclaré. Il a également souligné la nécessité de politiques publiques adaptées pour encadrer la concurrence entre les entreprises spécialisées en intelligence artificielle. « Certaines entreprises dominantes pourraient finir par monopoliser l’ensemble du secteur, entravant ainsi l’entrée de nouveaux innovateurs. La question est donc de savoir comment garantir que les innovateurs d’aujourd’hui ne bloquent pas l’innovation de demain. Ce sont des enjeux passionnants qui occupent nos esprits. » Ce récit sera mis à jour.
