La Chine fait de l’IA ouverte une arme économique pour transformer l’ensemble de son tissu productif
La stratégie chinoise en matière d’intelligence artificielle vise à étendre ses bénéfices à l’ensemble de l’économie, selon Hisham Alrayes, PDG du groupe financier GFH basé au Bahreïn. À l’occasion d’un panel à Davos consacré à la stratégie « IA + Économie » de la Chine, il a souligné que le pays privilégie les modèles open source et leur déploiement massif, plutôt que de concentrer les avantages entre les mains de quelques géants technologiques. Selon Alrayes, cette approche reflète une philosophie économique fondamentalement différente. « Vous voyez la structure ouverte de la philosophie chinoise en matière d’IA, puis la structure fermée », a-t-il déclaré. « Cela indique que l’objectif est que les bénéfices s’étendent à l’économie, aux entreprises, à l’ensemble du tissu productif. » L’open source n’est pas seulement une question technique chez la Chine, mais une stratégie économique. Le succès mondial de DeepSeek, l’un des principaux acteurs de l’IA chinoise, illustre cette vision. Contrairement à de nombreux modèles linguistiques américains qui restent propriétaires et fermés, DeepSeek s’appuie largement sur des modèles open source, ce qui a attiré l’attention internationale. Yann LeCun, ancien directeur scientifique de Meta, a souligné que l’open source permet une innovation plus rapide et une meilleure efficacité, en s’appuyant sur des recherches partagées. De son côté, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, estime que les modèles chinois open source pourraient gagner en avantage mondial grâce à leur gratuité, les rendant particulièrement attractifs pour les gouvernements ou les pays qui ne peuvent pas se permettre des systèmes propriétaires coûteux. Alrayes insiste sur l’objectif d’accessibilité et d’échelle : « Ce n’est pas le bénéfice d’une entreprise, d’un produit ou d’un individu. Ce n’est pas une question individuelle. C’est l’économie tout entière qui en profite. » Cette vision est renforcée par le plan national « IA + », présenté par Gong Ke, directeur exécutif de l’Institut chinois pour les stratégies de développement de la nouvelle génération d’IA à l’université Nankai. Ce plan ne vise pas les percées technologiques comme l’intelligence artificielle générale, mais la diffusion massive de l’IA dans des secteurs clés : industrie, santé, finance, éducation, etc. Des objectifs précis ont été fixés : atteindre 70 % de pénétration des agents intelligents et des terminaux intelligents d’ici 2027, et 90 % d’ici 2030. Pour Alrayes, la Chine cherche à transformer l’IA en une infrastructure économique fondamentale, plutôt qu’en un moteur de profit pour un petit nombre d’entreprises. « La Chine vise à créer de la valeur à travers l’ensemble de l’économie, avec des objectifs clairs et concrets », a-t-il affirmé. « Ce n’est pas seulement pour le bénéfice de ces entreprises. C’est là la différence fondamentale de philosophie. »
