La course à l'IA échoue pour la Russie : Poutine vise la suprématie, mais l'Ukraine et les sanctions poussent Moscou vers la Chine
Poutine visait la suprématie en intelligence artificielle. Aujourd’hui, la Russie peine à rester dans la course. Depuis le début de la guerre en Ukraine et l’imposition de sanctions internationales, les ambitions russes en matière d’intelligence artificielle (IA) se heurtent à des réalités croissantes : pénurie de matériel, isolement technologique et dépendance accrue à l’égard de la Chine. Alors que Moscou avait lancé des projets ambitieux dès 2017 pour devenir une puissance mondiale en IA, les conditions actuelles ont largement freiné son avancée. Les sanctions ont coupé l’accès à des composants essentiels, notamment les puces haute performance fabriquées par des entreprises américaines ou européennes. Sans ces éléments clés, le développement de systèmes d’IA complexes — notamment pour les applications militaires, la robotique ou l’analyse de données — devient extrêmement difficile. Les centres de recherche russes, autrefois en pointe, manquent désormais de matériel moderne et de logiciels à jour. Face à cette situation, la Russie s’est tournée vers la Chine comme partenaire stratégique principal. Beijing, lui-même engagé dans une course mondiale pour la domination technologique, fournit désormais à Moscou des serveurs, des infrastructures informatiques et même des solutions logicielles. Des entreprises chinoises comme Huawei ou Alibaba ont vu leurs partenariats avec des institutions russes s’intensifier. Toutefois, cette dépendance comporte des risques. La technologie chinoise, bien que fonctionnelle, n’est pas toujours compatible avec les systèmes existants en Russie. De plus, les algorithmes et les données utilisés peuvent être soumis à des contrôles ou des influences politiques chinois. Cette dépendance pourrait limiter l’autonomie stratégique de la Russie à long terme. Par ailleurs, la guerre a entraîné une fuite des talents. Des scientifiques et ingénieurs qualifiés ont quitté le pays, attirés par des opportunités à l’étranger ou par la crainte des conséquences politiques. Ce « cerveau fuit » affaiblit encore davantage les capacités de recherche et d’innovation du pays. Malgré des efforts pour développer une IA nationale, notamment via des initiatives gouvernementales comme le projet « Intelligence artificielle pour la Russie », les résultats restent modestes. Les projets sont souvent limités à des applications spécifiques — comme la surveillance ou l’analyse de données militaires — sans atteindre l’innovation fondamentale nécessaire pour rivaliser avec les États-Unis ou la Chine. En somme, la vision de Poutine d’une Russie leader en intelligence artificielle s’éloigne de plus en plus. La guerre, les sanctions et l’isolement technologique ont transformé une ambition stratégique en défi logistique et économique. Pour rester dans la course, Moscou devra non seulement renforcer ses liens avec Pékin, mais aussi réinventer son modèle de recherche et de développement — une tâche bien plus complexe qu’elle n’y paraît.
