Scale AI en crise : licenciements, fuite des talents et concurrence acharnée après l’investissement de Meta
Ce printemps, Scale AI, ancien acteur phare de l’industrie de l’intelligence artificielle, a connu un tournant dramatique après l’investissement de 14 milliards de dollars de Meta, qui a aussi permis à son fondateur, Alexandr Wang, âgé de 28 ans, de rejoindre l’entreprise mère. Cette opération, censée renforcer Scale AI, a en réalité déclenché une crise interne : des clients prestigieux comme OpenAI et Google ont suspendu leurs partenariats, des employés ont été licenciés, des réductions de salaire ont été imposées, et des concurrents ont profité de la faiblesse de l’entreprise pour s’emparer de ses clients et de son personnel. Un travailleur de Scale AI, inquiet, a interrogé ChatGPT sur l’avenir de l’entreprise. L’IA a prédit que Scale AI « n’existera plus comme entité indépendante crédible dans les 24 mois », que son infrastructure serait réaffectée à Meta, et que sa réputation de testeur neutre était compromise. Ces prédictions, bien que non officielles, ont résonné dans les rangs de l’entreprise. Depuis, l’activité sur Outlier, la plateforme de travail à la tâche de Scale AI, a fortement chuté. Des threads de discussion, autrefois animés, ne réunissent plus que des dizaines de messages au lieu de centaines. Des travailleurs décrivent des sessions d’onboarding non rémunérées de près de 40 heures par mois sans travail réel, des taux de rémunération passés de 50 à 20 dollars de l’heure, et des tâches payées à 99 centimes pour trois minutes de travail. D’autres, comme Elizabeth Boyd, ont quitté la plateforme, tandis que des équipes entières, dont le red team chargé d’identifier les failles des chatbots, ont été supprimées. En septembre, 12 contractuels du red team ont été licenciés, et une équipe de Dallas spécialisée dans l’IA générale a été dissoute, dans le cadre d’un recentrage sur des domaines plus techniques. Scale AI, par l’intermédiaire de son porte-parole Joe Osborne, affirme que l’entreprise est en bonne voie, avec un chiffre d’affaires en croissance, une rentabilité améliorée dans sa division de données, et une augmentation des utilisateurs actifs sur Outlier. L’entreprise a aussi diversifié ses activités, en s’impliquant dans le domaine de la robotique et en remportant des contrats militaires d’un montant total de 199 millions de dollars. Cependant, les investisseurs sont divisés. Alors que certains voient dans l’investissement de Meta une opportunité de croissance, d’autres considèrent que l’entreprise a été affaiblie, sa valorisation passant de 29 milliards à 15 milliards, voire 7,3 milliards sur certains marchés de transfert d’actions privées. Certains estiment que Meta n’était intéressée que par Alexandr Wang, et que l’investissement a été une stratégie pour l’attirer. Parallèlement, des concurrents comme Surge AI (24 milliards de dollars de valorisation) et Mercor (10 milliards, mené par trois jeunes entrepreneurs) ont prospéré, attirant des clients et des talents. Mercor a même remporté un projet majeur de Meta, ce qui a poussé Scale AI à déposer une plainte pour recrutement abusif, allégations que Mercor nie. Des anciens employés, comme Tammy Hartline, critiquent l’entreprise pour sa perte de focus sur la qualité, laissant place à une surproduction de données de faible valeur. Des failles de sécurité, notamment l’utilisation de documents Google publics contenant des informations sensibles, ont également ébranlé la confiance, malgré les dénégations de Scale AI. Malgré des victoires récentes, comme le règlement de plusieurs procès liés à la classification des travailleurs, l’avenir de Scale AI reste incertain. L’entreprise, qui a contribué à façonner l’industrie de l’entraînement de l’IA, risque de devenir un exemple de « zombie » technologique, un ancien leader rongé par sa propre croissance et la pression de ses géants d’acquisition. Pour de nombreux anciens employés, il est déjà trop tard pour assister à sa renaissance.
