AI en crise : les leaders prédisent un effondrement bientôt, avec des géants en jeu
À l’occasion du sommet annuel DealBook organisé à New York, des dirigeants d’entreprise et des figures influentes du monde économique ont débattu de l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, tout en mettant en garde contre les risques d’une bulle spéculative. Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’IA est désormais au cœur des stratégies des géants technologiques, avec des investissements massifs : Meta, Alphabet et Microsoft prévoient des dépenses de plusieurs dizaines de milliards de dollars cette année, principalement destinées à l’infrastructure nécessaire au fonctionnement des modèles d’IA. En 2023, 49 startups américaines spécialisées dans l’IA ont levé au moins 100 millions de dollars, selon TechCrunch. Larry Fink, PDG de BlackRock, a reconnu que l’IA était une révolution durable, mais a averti qu’elle laisserait derrière elle de nombreux « grands perdants ». « Il y aura de grands gagnants et de grands échecs », a-t-il déclaré à Andrew Ross Sorkin, fondateur du DealBook. Selon lui, les « hyperscalers » comme Amazon, Google et Microsoft, qui fournissent la puissance de calcul indispensable, sont actuellement à court de ressources. Cette pression sur l’infrastructure renforce la crainte d’une surproduction et d’un excès d’investissements non rentables. Dario Amodei, fondateur et PDG d’Anthropic, a souligné que l’industrie de l’IA était intrinsèquement risquée en raison des coûts colossaux liés à la construction de centres de données. Même si la technologie réalisait toutes ses promesses, une simple erreur de timing pouvait entraîner l’échec d’un acteur. Il a mis en garde contre des entreprises qui « jouent à la roulette russe » (« YOLOing »), en investissant de manière excessive. Sans nommer de concurrents, il a fait allusion à OpenAI, son ancien employeur, en évoquant le « code rouge » récent publié par Sam Altman, un signe d’alerte interne sur la concurrence avec Google. Amodei a insisté sur la nécessité d’une approche prudente : Anthropic collabore avec des entreprises établies et investit de manière mesurée dans le calcul. Il a également plaidé pour une régulation plus proactive, notamment en interdisant la vente de puces Nvidia en Chine, craignant que les modèles les plus avancés ne tombent entre les mains d’un pays autoritaire, ce qui pourrait compromettre la suprématie technologique et stratégique des États-Unis. Le président de Taïwan, Lai Ching-te, a lui aussi souligné la nécessité d’une gouvernance internationale pour éviter un « désastre » lié à l’IA. Il a appelé à une coopération mondiale afin de garantir un développement durable et une « atterrissage en douceur » de l’IA, capable de stimuler la croissance économique à long terme. Toutefois, son discours prend tout son poids : Taïwan est le leader mondial de la production de puces pour l’IA, et donc un acteur clé du cycle d’investissement qui alimente la bulle. En somme, les dirigeants réunis à DealBook partagent une vision partagée : l’IA est incontournable, mais son expansion rapide comporte des risques systémiques. Les pertes seront inévitables, mais elles pourraient être nécessaires pour éliminer les inefficacités et accélérer l’innovation. Le défi, selon eux, est de concilier innovation, régulation et compétitivité internationale.
