Le rêve du week-end de quatre jours est-il mort ? Pas encore, mais les conditions sont loin d’être réunies
Le rêve de la semaine de travail à quatre jours semble avoir été mis en pause, confronté à un retour progressif au bureau, à une pression accrue des dirigeants et à une économie encore fragile. Après une période où l’idée semblait à portée de main — notamment pendant et après la pandémie, lorsque certains employeurs l’ont adoptée pour attirer et fidéliser les talents — les espoirs se sont estompés face à une réalité plus contraignante. Les entreprises, surtout dans les secteurs compétitifs comme la tech, redemandent une présence physique et une disponibilité accrue, incarnée par des modes de travail comme le « 9-9-6 » (9 heures du matin à 9 heures du soir, six jours par semaine), qui symbolisent une réaction directe aux discussions sur l’équilibre vie pro-vie privée. Selon Juliet Schor, économiste à Boston College spécialisée dans les modèles de travail, il y a aujourd’hui une « résistance de la direction » face aux gains que les salariés avaient obtenus pendant la crise. Les expérimentations menées au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande ou encore en Irlande ont montré que réduire la semaine à 32 heures n’entraîne pas de perte de productivité, au contraire : les employés sont plus heureux, moins épuisés, et les entreprises bénéficient d’une meilleure rétention. Pourtant, ces résultats ne suffisent pas à faire basculer les décisions stratégiques dans un contexte où les dirigeants cherchent à rassurer les investisseurs sur leur volonté de « faire plus ». Vishal Reddy, directeur exécutif de WorkFour, explique que la pression pour un retour au bureau sert aussi de signal de performance. L’idée d’un week-end de trois jours n’est plus aussi novatrice qu’en 2020-2021, ce qui a affaibli son élan médiatique. Pourtant, des initiatives législatives, comme celles en cours dans l’État de New York et au Maine, montrent que le mouvement n’est pas mort. De plus, de nombreuses entreprises qui ont expérimenté la semaine de quatre jours n’ont pas renoué avec le modèle classique, prouvant que l’adoption est durable. L’intelligence artificielle pourrait jouer un rôle clé dans la réactivation du débat. Pavel Shynkarenko, fondateur de Mellow, estime que si l’IA peut augmenter significativement la productivité, une semaine de quatre jours devient économiquement viable. Elle pourrait même servir de « refuge sécurisé » pendant la transition vers une économie où les machines prennent en charge une part croissante des tâches humaines. À long terme, l’IA pourrait même permettre des semaines de travail de deux jours. Mais pour l’instant, les coûts et la compétitivité freinent toute avancée. Enfin, un obstacle psychologique subsiste : le sentiment de culpabilité ressenti par certains employés qui travaillent moins, même quand cela améliore leur bien-être. Dale Whelehan, ancien dirigeant de 4 Day Week Global, souligne que cette pression interne, héritée d’un culture du surmenage, persiste. Malgré tout, les bénéfices sont trop importants pour que la discussion s’éteigne. L’épuisement professionnel reste élevé, et l’idée d’un travail plus humain, plus équilibré, ne disparaîtra pas. Le moment n’est peut-être pas venu, mais le mouvement, en sommeil, n’est pas enterré.
