Apple perd sa place de numéro un chez TSMC face à l’ascension d’Nvidia dans l’ère de l’IA
Apple se bat désormais pour obtenir une capacité de production chez TSMC, alors que Nvidia prend le leadership dans la demande de puces de pointe. En août dernier, lors de sa visite à Cupertino, le PDG de TSMC, CC Wei, a annoncé à Tim Cook et son équipe une hausse de prix sans précédent, une tendance déjà suggérée dans les appels d’investisseurs. Mais ce n’était pas la seule mauvaise nouvelle : Apple, autrefois le client le plus important de TSMC, doit désormais concurrencer des géants comme Nvidia pour accéder à la capacité de fabrication. Selon des analyses de Culpium et des sources du secteur, Nvidia a probablement dépassé Apple comme client le plus rentable de TSMC au cours de l’une ou plusieurs des dernières tranches de l’année 2025. Bien que le CFO Wendell Huang se soit refusé à tout commentaire officiel, les données financières laissent penser que la position d’Apple s’est considérablement affaiblie. En 2025, les revenus de TSMC ont grimpé de 36 %, atteignant 122 milliards de dollars, tandis que les ventes de Nvidia devraient croître de 62 % sur l’année fiscale 2026, contre une croissance de seulement 3,6 % prévue pour Apple (hors services). Ce décalage s’explique par deux facteurs majeurs : la montée en puissance de l’intelligence artificielle, qui pousse à une demande massive de puces haute performance, et la stagnation du marché des smartphones. Les revenus liés au calcul haute performance (HPC), dont les puces d’IA, ont augmenté de 48 % en 2025, contre 11 % pour les smartphones. Cette tendance devrait se poursuivre, avec une croissance des revenus de TSMC prévue à 30 % en 2026, soutenue par un investissement en capital record de 52 à 56 milliards de dollars. Le point culminant de la présentation de TSMC a été la marge brute impressionnante de 62,3 % au quatrième trimestre, une performance proche de celle des entreprises logicielles. Cette rentabilité est renforcée par la production en volume de la technologie N2, dont Apple est un client majeur. Dès la deuxième moitié de 2026, TSMC lancera la variante N2P et une nouvelle puce A16, conçue pour les applications HPC grâce à une technologie de routage d’alimentation arrière (SPR), similaire à celle développée par Intel. En 2028, la puce A14 devrait entrer en production, conçue dès le départ pour les mobiles et les HPC, ce qui pourrait rééquilibrer la relation entre Apple et TSMC à long terme. Malgré la montée en puissance de Nvidia, Apple reste essentiel pour TSMC en raison de la diversité de ses produits : puces pour iPhone, Mac, accessoires et autres appareils, fabriqués dans une douzaine de fonderies. Nvidia, quant à lui, concentre ses achats sur une seule gamme de puces d’IA. Cette diversité donne à Apple une stabilité stratégique que les clients HPC ne possèdent pas. Le risque de cycle baissier dans l’IA, inévitable à terme, pourrait renforcer la position d’Apple, dont les produits sont moins sujets à la volatilité. TSMC, prudente, ne veut pas surinvestir. « Je suis très inquiet », a déclaré CC Wei lors de la conférence des investisseurs, soulignant que la construction d’une nouvelle usine prend 2 à 3 ans. Le risque d’excès d’investissement est réel : les coûts fixes sont immenses, et la dépréciation représente 45 % du coût de revient, contre 10 % chez Alphabet. Alors que Nvidia et Google ont des marges brutes élevées et une faible intensité de capital, TSMC porte seul le poids du risque. Pourtant, les critiques selon lesquelles TSMC ne s’agrandit pas assez vite sont injustifiées. Le fabricant ne peut pas anticiper une demande qui pourrait s’effondrer, et sa stratégie de construire de nouvelles usines pour chaque nouveau nœud technologique garantit une continuité de production. En définitive, Apple reste un partenaire clé, mais pour les deux prochaines années, la priorité de TSMC est de satisfaire les exigences de l’IA — et donc, de satisfaire Nvidia.
