L’essor de l’IA menace l’économie des créateurs : quand les algorithmes volent les visages, les contenus et les revenus
Jeremy Carrasco, qui a lancé ses vidéos sur TikTok et Instagram en juin, a déjà accumulé plus de 300 000 abonnés sur chacune de ces plateformes, devenant l’une des figures majeures de la littératie en intelligence artificielle sur les réseaux sociaux. Ancien réalisateur et producteur de livestreams multicaméras, il a décidé de se lancer en tant que créateur après avoir constaté que les discussions sur l’IA générative étaient dominées par les géants technologiques, sans voix provenant du monde créatif. Son projet initial, « ShowToolsAI », visait à promouvoir une utilisation éthique de l’IA dans la production vidéo. Mais son enthousiasme s’est vite heurté à un constat : peu de gens savaient identifier un contenu généré par IA. C’est là qu’il a trouvé sa niche : dévoiler les signes révélateurs des vidéos d’IA, comme des textures floues, des yeux instables ou des objets qui apparaissent soudainement. Avec l’arrivée de Sora 2, un outil gratuit et puissant, la barrière d’entrée pour produire des vidéos d’IA s’est effondrée. Jeremy met en garde contre l’explosion de contenus automatisés, souvent bâclés, mais capables d’attirer des millions de vues. Un clip de 7 secondes d’un chat absurde, s’il est intégré à une compilation de 1 minute, peut rapporter jusqu’à 1 000 dollars via le fonds des créateurs de TikTok — une somme significative pour des utilisateurs dans des pays en développement. Mais derrière ce potentiel de revenu se cache une réalité plus sombre : des arnaques systématiques. Des comptes comme « Yang Mun », un avatar caricatural d’un guérisseur chinois, promeuvent des conseils de santé à destination des publics occidentaux, puis dirigent les abonnés vers un site pour acheter un ebook d’11 dollars, probablement entièrement généré par IA. D’autres cas sont plus préoccupants : des créateurs, surtout des femmes, voient leurs visages et leurs vidéos volés pour être remplacés par des avatars d’IA, parfois utilisés sur des plateformes comme OnlyFans. Jeremy estime que, dans l’ensemble, l’IA générative n’a pas d’usage éthique dans le secteur créatif, sauf pour des cas d’accessibilité ou de préservation culturelle. Il critique fortement la manière dont les modèles d’IA sont entraînés : en s’appropriant des données de créateurs sans consentement, ce qui, selon lui, est fondamentalement inacceptable. Les plateformes comme Instagram, Facebook, TikTok et YouTube, qui ont bâti leur succès sur l’économie des créateurs, accueillent désormais massivement du contenu d’IA sans application rigoureuse des règles d’étiquetage. Elles développent d’ailleurs elles-mêmes des outils d’IA générative, notamment pour la publicité. Meta, Amazon ou DirecTV proposent déjà des services de création automatique d’annonces, menaçant de remplacer les créateurs par des systèmes automatisés. Jeremy prévient que ces outils vont « ruiner l’économie des créateurs », en sapant les revenus issus des partenariats et en saturant les algorithmes de contenu de qualité. Face à cette situation, il est de plus en plus difficile de croire que l’IA représente une opportunité réelle pour les créateurs. Pour Jeremy, la seule réponse raisonnable est de rejeter ce modèle fondé sur le vol de données et la surproduction de contenu sans âme.
