Meta en pleine révolution : l’année de l’intensité, entre IA, restructurations et tensions internes
En 2025, Meta a vécu une année marquée par une intensification sans précédent de ses stratégies technologiques, organisationnelles et culturelles, sous la direction de Mark Zuckerberg. Déjà engagé dans une course effrénée à l’intelligence artificielle (IA), le géant du numérique a renforcé son ambition avec une série de réorganisations massives, des investissements colossaux et une transformation radicale de son climat interne. En janvier, Zuckerberg avait prévenu ses employés : « Accrochez-vous », annonçant une « année intense » destinée à faire de Meta un leader incontesté de la prochaine ère de l’IA. Cette volonté s’est traduite par une restructuration profonde du groupe. En juin, Meta a injecté 14 milliards de dollars dans Scale AI, une entreprise spécialisée dans l’entraînement de modèles d’IA, et a recruté son fondateur, Alexandr Wang, âgé de 28 ans, comme directeur de l’IA. Le département dédié à l’IA a été rebaptisé Meta Superintelligence Labs (MSL), reflétant une volonté de concentrer les efforts autour d’un objectif ambitieux : la « superintelligence personnelle ». Cependant, cette transformation a été accompagnée de tensions internes. Des employés ont dénoncé un manque de stratégie claire, des réunions sans décision concrète et une confusion persistante sur les responsabilités entre les équipes. De plus, les nouveaux arrivants ont bénéficié de packages salariaux beaucoup plus élevés que les salariés existants, alimentant des conflits entre « l’ancienne garde » et les recrues de haut niveau. En août, Meta a procédé à sa quatrième réorganisation en six mois, divisant MSL en quatre unités : une équipe « TBD » (à déterminer), une équipe produit dédiée à l’assistant IA, une équipe infrastructure et le laboratoire FAIR, déjà ancien. Cette fragmentation a créé des déséquilibres dans la circulation d’informations et une incertitude persistante sur les projets en cours. Parallèlement, Meta a lancé une campagne de contrôle rigoureux des performances. En janvier, Zuckerberg a annoncé une hausse du seuil de performance, entraînant la suppression de 3 600 emplois — soit environ 5 % de la force de travail — au mois de février. En mai, il a exigé que 15 à 20 % des employés dans les équipes de plus de 150 personnes soient classés comme « en dessous des attentes », contre 12 à 15 % auparavant. Cette pression accrue a créé un climat de compétition féroce, avec des managers qui ont parfois laissé des postes vacants ou recruté spécifiquement pour remplir ces catégories. Malgré ces tensions, les résultats ont commencé à se manifester. Selon une enquête interne réalisée entre octobre et novembre, les niveaux d’« optimisme » (80 %), de « fierté » (71 %) et de « confiance en la direction » (68 %) ont augmenté significativement par rapport à l’année précédente. Des analystes comme Mike Proulx de Forrester soulignent que Meta doit désormais mieux articuler sa vision globale pour convaincre les investisseurs, notamment alors que ses actions ont progressé de seulement 7,5 % cette année, loin derrière les autres membres du groupe des « Magnificent 7 ». Les répercussions culturelles ont été profondes. Certains employés ont quitté la société, dénonçant une évolution vers une culture plus « masculine », une politique interne moins ouverte et une censure accrue des critiques internes. Des sondages anonymes ont révélé une forte anxiété parmi les salariés quant à la possibilité de sanctions pour avoir exprimé des opinions critiques. Pourtant, d’autres restent motivés par l’ambition technologique, les opportunités dans les domaines de l’IA, des lunettes intelligentes et de la robotique, ainsi que par des avantages matériels. En somme, Meta traverse une période de transformation radicale, marquée à la fois par des progrès rapides et des coûts humains élevés, dans une course à l’IA qui pourrait déterminer le futur de la technologie.
