L’IA réinvente l’école d’ici 2050 : vers une éducation post-scolaire et une nouvelle forme de pensée humaine
D’ici 2050, l’éducation connaîtra une transformation radicale, selon Howard Gardner, psychologue et scientifique social connu pour sa théorie des intelligences multiples, et Anthea Roberts, professeure invitée à la Harvard Law School et fondatrice de l’outil d’IA Dragonfly Thinking. Lors d’un forum intitulé « Penser dans un monde augmenté par l’IA » organisé à la Harvard Graduate School of Education, Gardner a déclaré que l’IA représenterait un changement aussi profond que celui survenu en 1 000 ans dans le domaine éducatif. Il estime que de nombreuses formes de pensée qu’il a décrites pourraient devenir obsolètes. Selon lui, l’école traditionnelle, où tous les élèves suivent le même programme et sont évalués de manière uniforme, apparaîtra bientôt comme archaïque. Il prévoit qu’après quelques années d’apprentissage des bases — lecture, écriture, calcul et un peu de programmation — les enseignants deviendront davantage des coachs, guidant les élèves dans des activités stimulantes, les exposant à de nouvelles idées et les aidant à explorer des carrières qui les passionnent. « Je ne pense pas qu’il soit logique de fréquenter l’école pendant 10 ou 15 ans comme on le fait aujourd’hui », a-t-il affirmé. Anthea Roberts, quant à elle, imagine un futur où les élèves ne produisent plus du savoir eux-mêmes, mais deviennent des « directeurs » d’équipes d’IA. « Vous devenez le metteur en scène de l’acteur, l’entraîneur de l’athlète, l’éditeur de l’écrivain », a-t-elle expliqué. Cette vision exige des compétences fortes en jugement, en coordination et en interaction critique avec les systèmes d’IA. Gardner reconnaît que l’IA remet en question certaines de ses propres théories. Sa célèbre « théorie des intelligences multiples » (1983) et sa « théorie des cinq esprits pour l’avenir » (2005) — dont les esprits discipliné, synthétisant, créatif, respectueux et éthique — sont désormais interrogés. Il estime que les trois premiers pourraient être largement remplacés par les grandes machines linguistiques : « La plupart des aspects cognitifs — l’esprit discipliné, synthétisant et créatif — seront réalisés si bien par l’IA que nous pourrons choisir de ne pas les faire nous-mêmes. » En revanche, il insiste sur l’impossibilité de déléguer à l’IA les dimensions humaines de respect et d’éthique. Les intervenants ont reconnu les risques d’une surdépendance à l’IA, notamment une détérioration des capacités de raisonnement critique. Roberts admet que l’offload cognitif est une tentation réelle, mais souligne que l’objectif doit être l’expansion cognitive, non la substitution. « Notre devoir, comme éducateurs et individus, est de comprendre comment développer cette capacité d’expansion plutôt que de se contenter de remplacer notre pensée par celle de l’IA. » Elle-même a dû repenser sa pratique académique après avoir vu une version d’IA de son profil, « Robo-Anthea », interagir avec des étudiants. Aujourd’hui, elle travaille constamment avec des modèles comme Gemini, GPT et Claude, les faisant dialoguer entre eux pour enrichir ses réflexions. Cette évolution illustre une transformation profonde de la pensée académique, où l’humain devient le curateur, le critique et le dirigeant d’un écosystème d’intelligence artificielle. En résumé, l’éducation de 2050 sera centrée sur l’acquisition de compétences humaines fondamentales — éthique, empathie, jugement — tandis que les tâches cognitives automatisables seront confiées à l’IA. Le rôle des enseignants évoluera vers celui de mentors, et celui des élèves vers celui de chefs d’équipe intellectuels. L’enjeu majeur sera de savoir comment utiliser l’IA non pas pour remplacer la pensée humaine, mais pour l’élargir.
