Intel réinvente ses puces serveur : Diamond Rapids sans SMT, Coral Rapids en accéléré avec NVLink et DDR6
Intel peine encore dans le datacenter, mais des signes d’amélioration émergent. Depuis plusieurs années, la stratégie de la société repose sur une segmentation fine de ses processeurs serveur, avec des cœurs Atom et E-core dédiés à l’efficacité énergétique et au haut débit par socket, et des cœurs P-core (anciennement Xeon) conçus pour les charges de travail intensives, notamment les tâches unithreadées. Le prochain modèle « Diamond Rapids » Xeon 7, basé sur le processus 18A (équivalent à 2 nm), marque une rupture : il supprime le multithreading simultané (SMT), également appelé HyperThreading, afin de réduire la latence, améliorer les performances unithreadées et limiter les vulnérabilités de sécurité — une décision en accord avec les choix d’architecture ARM. Ce retrait du SMT, déjà absent des dernières générations d’Atom et d’E-core, reflète une volonté de prioriser la performance par cœur, même si cela limite la densité de traitement. Intel a également décidé de se concentrer sur les variantes haut de gamme à 16 canaux mémoire, en abandonnant les modèles à 8 canaux, afin de mieux répondre aux besoins des systèmes de bases de données, HPC et d’IA. Ce choix stratégique s’inscrit dans un contexte de limitation de la production du 18A, encore en phase de montée en charge. Pour pallier cette contrainte, le PDG Lip-Bu Tan a annoncé une accélération du lancement du successeur, « Coral Rapids », dont l’arrivée initialement prévue en 2027-2028 pourrait être avancée grâce à une utilisation du 18A au lieu du 14A, un processus encore non commercialisé. L’industrie surveille de près l’arrivée du 14A, dont le lancement dépendra de la signature de clients externes — une condition que Intel a rendue indispensable pour justifier les coûts de la montée en puissance. Le 14A pourrait devenir un levier stratégique, notamment grâce à des interconnexions avancées comme les ports NVLink Fusion, permettant une cohérence mémoire entre CPU et GPU, ainsi qu’un support potentiel pour la mémoire DDR6 et jusqu’à quatre barrettes par canal. En parallèle, la production du Xeon 7 « Clearwater Forest », basé sur des cœurs E-core, utilise un mix de processus (Intel 7 pour les I/O, Intel 3 pour les tuiles de base, 18A pour les cœurs), reflétant une approche adaptée aux volumes faibles. Malgré ces efforts, Intel peine à répondre à la demande de ses Xeon, en raison de contraintes de production sur les processus Intel 7 et Intel 3, et d’un équilibre difficile entre les besoins des marchés client et serveur. Le CFO Dave Zinsner a décrit une situation « main à main », avec un niveau d’inventaire en baisse et une amélioration attendue au second trimestre. L’entreprise privilégie désormais la production interne pour les serveurs, tout en externalisant une partie des puces client, une solution coûteuse mais nécessaire. Sur le plan financier, le quatrième trimestre 2025 a vu une baisse de 5,2 % des revenus globaux à 13,67 milliards de dollars, mais une amélioration significative du bénéfice opérationnel, passant de -401 millions à +580 millions. Le groupe Data Center & AI a généré 4,74 milliards de dollars (hausse de 8,9 % annuelle), avec un bénéfice opérationnel de 1,25 milliard, soit une croissance de 3,3 fois en un an. Cette rentabilité accrue, bien que modeste, reflète la demande persistante pour les puces haut de gamme dans les systèmes HPC et IA. À long terme, la part du marché serveur d’Intel pourrait se stabiliser autour de 6 milliards de dollars par trimestre et 2 milliards de bénéfice opérationnel, si tout se passe bien. L’essor des puces ARM (25 % du marché) pourrait redéfinir la concurrence, avec AMD et Intel se disputant les 75 % restants. L’approche d’AMD, qui double les cœurs en réduisant la mémoire cache, pourrait inspirer Intel pour mieux différencier ses produits sans complexifier l’architecture.
