Pourquoi le mot « ontologie » obsessionnel de Alex Karp est-il au cœur de la montée de Palantir ?
Le mot favori d’Alex Karp, PDG de Palantir, est « ontologie ». Bien que ce terme soit peu familier au grand public, il joue un rôle central dans la stratégie technologique de la société. À l’origine, en philosophie, l’ontologie désigne la branche qui étudie l’existence même des choses : elle s’interroge sur la nature de la réalité, sur ce qui existe, et sur la manière dont les entités se rapportent les unes aux autres. Des questions comme « Ce téléphone est-il réel ? », « Ces mots existent-ils ? », « Est-ce que je suis réel ? » relèvent de cette réflexion profonde. Alex Karp, ancien étudiant en philosophie et titulaire d’un doctorat en théorie sociale néoclassique, a clairement intégré cette réflexion dans sa vision d’entreprise. Cependant, lorsqu’il utilise le mot « ontologie » dans le cadre de Palantir, il ne parle pas d’un concept abstrait, mais d’un outil concret de son plateforme Foundry. L’ontologie de Palantir est un système logiciel qui structure et relie les données d’une entreprise de manière cohérente, en établissant un modèle numérique fidèle à la réalité opérationnelle de l’organisation. En d’autres termes, cette « ontologie » sert à relier le monde numérique — les fichiers, les bases de données, les processus — au monde réel : les actifs physiques, les produits, les commandes, les transactions, les opérations. Une fois établie, cette structure permet à tous les utilisateurs d’une entreprise d’accéder à une vision unifiée et dynamique de leur activité. Par exemple, un détaillant peut modéliser sa chaîne d’approvisionnement mondiale et recevoir des alertes en cas de rupture de stock. Une entreprise d’énergie peut prévoir les pannes sur des dizaines de milliers de kilomètres de lignes électriques. Un laboratoire pharmaceutique peut stocker des données sensibles en respectant des normes comme le HIPAA. Le succès de Palantir, dont l’action a grimpé de plus de 140 % en 2024, est largement attribué à cette capacité à organiser les données complexes grâce à son système d’ontologie. Le PDG a même défendu ce concept avec vigueur lors d’un échange public avec l’investisseur Michael Burry, qui avait misé contre l’entreprise. « Le fait de vouloir court-circuiter les puces et l’ontologie, c’est complètement fou », a-t-il lancé, soulignant que la puissance de Palantir réside précisément dans sa capacité à donner du sens aux données. En novembre, le directeur technique Shyam Sankar a annoncé l’arrivée d’une nouvelle version, l’Edge Ontology, capable de fonctionner sur des appareils mobiles, permettant ainsi de développer des applications embarquées pour drones ou robots. Ce progrès montre que l’ontologie n’est pas seulement un fondement théorique, mais un pilier stratégique de l’innovation de Palantir. En somme, derrière ce mot barbare, se cache une révolution dans la manière dont les entreprises comprennent, explorent et agissent sur leurs propres données.
