Robots humanoïdes s’essaient à l’Olympie, mais l’IA les laisse loin derrière
À l’Académie olympique d’Olympie, en Grèce, le premier Championnat international des humanoïdes s’est tenu du 1er au 4 septembre 2025, au cœur du berceau des Jeux olympiques. Des robots humanoïdes, parfois maladroits mais pleins de détermination, ont tenté de jouer au football, boxer en duo avec leur fondateur Aadeel Akhtar de Psyonic, ou tirer à l’arc. Ces performances, bien que rudimentaires, ont suscité un intérêt mondial pour une technologie qui peine encore à égaler les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle (IA) numérique. Malgré l’explosion de l’IA, notamment grâce à des modèles comme ChatGPT, les robots physiques à forme humaine restent très en retard. Selon Minas Liarokapis, académicien grec et organisateur de l’événement, « les humanoïdes iront d’abord dans l’espace, puis dans les maisons ». Il estime que les tâches domestiques exigeant une dextérité fine – comme ranger un placard ou laver la vaisselle – ne seront pas réalisées par des robots avant plus de dix ans. Le défi principal réside dans le manque de données réelles pour entraîner ces machines. Contrairement à l’IA, qui s’alimente en masse sur des textes et images numériques, les robots doivent apprendre par l’expérience concrète, ce qui est lent, coûteux et difficile à reproduire. Un article récent dans Science Robotics estime que les humanoïdes sont actuellement « 100 000 ans en arrière » en matière d’apprentissage à partir de données. Ken Goldberg, professeur à Berkeley, appelle à combiner ingénierie traditionnelle et apprentissage en situation réelle : « Les robots doivent collecter des données en accomplissant des tâches utiles, comme conduire des taxis ou trier des colis. » Luis Sentis, professeur à l’Université du Texas et co-fondateur d’Apptronik, souligne l’importance des partenariats entre chercheurs, entreprises de données et grands fabricants, désormais soutenus par des milliards de dollars d’investissements. Des innovations prometteuses émergent. Aadeel Akhtar, de Psyonic, exploite les données issues de ses prothèses bioniques à retour sensoriel pour améliorer les robots. « Nous avons conçu cette main pour les humains, puis nous la transférons aux machines », explique-t-il. À Cortical Labs, Hon Weng Chong développe une « machine biologique » utilisant des neurones vivants cultivés sur puce, capables d’apprendre et de s’adapter comme un cerveau humain. Ces approches biologiques pourraient révolutionner la manière dont les robots perçoivent et réagissent au monde. L’événement a été marqué par une inégalité géopolitique : la Chine affiche activement ses robots, comme lors des Jeux des humanoïdes de Pékin en août, tandis que les États-Unis préfèrent des démonstrations vidéo soignées, masquant souvent les échecs. Elon Musk a fait sensation en 2022 avec Tesla Optimus, et Boston Dynamics a captivé le public en faisant danser ses robots Spot, malgré une panne spectaculaire qui a illustré la difficulté technique. Le juge Simon Cowell l’a même qualifiée de « plus crédible » que la perfection. Organisateurs comme Patrick Jarvis et Liarokapis espèrent que ces compétitions annuelles deviendront un cadre d’évaluation honnête du progrès réel, loin des illusions des vidéos retouchées. Pourtant, la route vers une robotique domestique autonome reste longue, complexe – et pleine d’innovations prometteuses.
