Anthropic défie l’empire du scale : son pari sur « faire plus avec moins » face à l’expansion sans limites d’OpenAI
À l’instar d’un mantra, la formule « faire plus avec moins » incarne la stratégie fondamentale d’Anthropic, selon Daniela Amodei, présidente et co-fondatrice de l’entreprise. Ce principe s’oppose à la tendance dominante en Silicon Valley, où les géants de l’IA s’engagent massivement dans une course à l’échelle, en investissant des milliards pour construire des centres de données, sécuriser des puces des générations futures et s’assurer un accès prioritaire à l’infrastructure. OpenAI incarne ce modèle : avec environ 1,4 billion de dollars d’engagements en calcul et infrastructure, il a lancé des projets de grande envergure, s’appuyant sur la croyance que la puissance de calcul détermine le vainqueur. Anthropic, quant à elle, prône une alternative : l’efficacité. Malgré un accès à la puissance de calcul et au capital bien inférieur à celui de ses concurrents, l’entreprise a maintenu des modèles parmi les plus performants depuis plusieurs années. Selon Daniela Amodei, la clé réside dans des données d’entraînement de haute qualité, des techniques de post-entraînement renforçant le raisonnement, et des choix produits visant à réduire les coûts d’exploitation. L’objectif ? Rester compétitif sans se lancer dans une course à l’immense infrastructure. L’entreprise n’est pas en situation de contrainte budgétaire : elle dispose d’environ 100 milliards de dollars d’engagements en calcul, et prévoit que ses besoins augmenteront pour rester à la pointe. Toutefois, Amodei souligne que les comparaisons entre les chiffres du secteur sont souvent trompeuses, car les accords de puissance de calcul sont structurés différemment, et la pression à s’engager tôt crée des biais. Même les pionniers de la loi d’échelle, dont Dario Amodei, son frère et CEO, ont été surpris par la persistance de la croissance exponentielle des performances. « L’exponentielle continue jusqu’à ce qu’elle ne le fasse plus », résume-t-elle, mettant en lumière l’incertitude qui plane sur la durabilité de cette dynamique. Un décalage crucial émerge entre la courbe technologique, qui semble toujours en hausse, et la courbe économique, où l’adoption par les entreprises et les individus est freinée par des contraintes organisationnelles, des coûts de changement et des barrières humaines. C’est là que s’impose l’approche d’Anthropic : centrée sur les entreprises, elle génère des revenus stables grâce à l’intégration de Claude dans les workflows, produits et systèmes internes. Ses revenus ont augmenté d’un facteur dix chaque année depuis trois ans, et son modèle multicloud — disponible sur AWS, Azure, Google Cloud — reflète une demande client pour la flexibilité, plutôt qu’une stratégie de paix avec les concurrents. Cette posture permet à Anthropic de rester agile, en ajustant ses déploiements selon les coûts, la disponibilité et les besoins clients, tout en se concentrant sur l’efficacité du modèle. À l’aube de 2026, les deux géants sont confrontés à une nouvelle étape : préparer leur entrée sur les marchés publics tout en poursuivant des levées de fonds massives et des contrats de calcul à long terme. L’enjeu n’est plus seulement de construire, mais de s’organiser pour la transparence, la gouvernance et la durabilité. La vraie question n’est pas si l’échelle fonctionne, mais si elle est la seule voie. Si l’investisseur valorise désormais l’efficacité, Anthropic pourrait s’imposer comme le modèle du futur. L’essai, c’est de savoir si l’industrie peut continuer à croître sans s’effondrer sous le poids de ses propres ambitions. Comme le dit Amodei : « L’exponentielle continue jusqu’à ce qu’elle ne le fasse plus. » Le 2026 sera déterminant.
