Intel Foundry en crise : remonter les escaliers en titubant pour rattraper TSMC
L’entreprise Intel se trouve dans une situation critique, comparable à celle d’un individu qui tente de remonter un escalier en trébuchant à chaque marche. Le retard technologique accumulé au fil des années, résultant d’une combinaison d’arrogance, d’erreurs stratégiques et d’un manque de priorisation de l’usine de fabrication (foundry), a menacé de la rendre marginale dans l’industrie des puces. Pendant des décennies, Intel a été à la fois fabricant et concepteur de puces, avec un client unique : son propre groupe de produits. Cette structure interne a favorisé un isolement entre les équipes de conception et celles de fabrication, qui ont perdu pied face à TSMC, leader mondial en matière de nœuds de gravure avancés. Alors que GlobalFoundries a abandonné les 10 et 7 nanomètres, et que Samsung a peiné à maîtriser ces processus, Intel a également connu des retards majeurs avec son passage à l’ultraviolets extrême (EUV) pour ses nœuds 10 nm et au-delà. En revanche, AMD a sauté directement de 14 nm à 7 nm via TSMC, puis a atteint 5 nm avec les Epyc Milan, en s’imposant sur le marché des serveurs. IBM, quant à lui, a dû s’appuyer sur Samsung pour ses puces Power10, z16 et z17, tandis qu’Intel, après des retards sur Intel 4, 3 et 20A, a dû abandonner ce dernier en 2023 pour se concentrer sur 18A, sa première puce à intégrer les transistors RibbonFET et la technologie PowerVia. Le plan de Pat Gelsinger, « 5N4Y », visant à lancer cinq nouveaux nœuds en quatre ans, était audacieux, voire risqué. Mais, comme le soulignent les dirigeants actuels, la fabrication de puces est une science cumulative : on ne peut pas sauter des étapes. Intel a trébuché sur 20A, puis a dû ralentir sur 18A, dont les rendements ne sont pas encore à un niveau optimal, malgré des progrès prometteurs. Le retard de la puce Clearwater Forest, basée sur 18A, et l’incertitude autour de Diamond Rapids, montrent que les défis de packaging et de maturité technologique persistent. Le problème majeur ? Intel a besoin de clients extérieurs pour justifier l’investissement dans 14A, sa prochaine génération. Sans adoption, le projet risque de stagner, comme l’a fait 14 nm pour GlobalFoundries. Le fait que l’État américain détienne désormais 10 % d’Intel ajoute une pression politique potentielle pour privilégier le fabriquant national, surtout dans le contexte de la guerre technologique avec la Chine. Des discussions avec AWS sur 18A et 14A dans les usines d’Ohio ont été entamées, mais le projet est désormais en pause. David Zinsner, directeur financier, a reconnu que les marges brutes de la branche Foundry restent négatives, malgré des progrès sur les rendements. Il estime que 14A, en phase d’initiation, est déjà plus avancée que 18A à son stade initial, en termes de performance et de rendement. L’objectif est d’atteindre des marges industrielles acceptables d’ici 2026, avec une stabilisation des coûts de lancement. L’usine devrait progresser vers un cycle de production plus normal, ce qui réduira les surcoûts. Sur le plan financier, le troisième trimestre 2024 marque une amélioration nette. Les revenus ont grimpé de 2,7 % à 13,65 milliards de dollars, et l’excédent opérationnel a atteint 683 millions, contre une perte de 9,1 milliards l’année précédente. Le bénéfice net, porté par des injections de 5 milliards de dollars de Nvidia et 11,1 milliards de l’État, a atteint 4,27 milliards, contre une perte de 17 milliards. Intel dispose désormais de 30,94 milliards de dollars en trésorerie, après avoir remboursé 4,3 milliards de dettes. Le groupe DCAI, qui inclut les serveurs, a vu son bénéfice opérationnel exploser à 964 millions, soit 2,5 fois plus qu’en 2023, grâce à une meilleure mix de produits et des rendements améliorés sur les nœuds 3 et 4. Cependant, la branche Foundry continue de perdre de l’argent, bien que moins que d’autres entreprises en croissance. En somme, Intel a arrêté de chuter, mais n’a pas encore commencé à remonter. Pour survivre, il lui faut non seulement des progrès technologiques, mais aussi des clients clés, comme Nvidia, qui pourrait adopter 14A pour des GPU ou des puces d’IA. Sans cela, l’ambition de devenir un acteur majeur de la fabrication de puces restera un rêve.
