Ex-dirigeante AWS et IBM prévient : ne laissez pas l’IA éroder votre pensée critique
Sol Rashidi, ancienne dirigeante technologique chez IBM, AWS et Estée Lauder, partage ses préoccupations face à la dépendance croissante aux outils d’intelligence artificielle. Après avoir piloté plus de 200 déploiements d’IA depuis 2011, elle a occupé des postes clés comme directrice des données chez Sony Music, directrice des analyses chez Estée Lauder, et responsable technologique de la division startup d’AWS en Amérique du Nord. Aujourd’hui, basée à Miami, elle dirige une entreprise dédiée à la préparation des entreprises à l’ère de l’IA, en mettant l’accent sur l’amplification du travail humain plutôt que sur sa substitution. Selon Rashidi, le véritable risque n’est pas la technologie elle-même, mais la « dépendance cognitive » : l’atrophie intellectuelle qui survient lorsque l’on délègue trop de pensée critique à l’IA. Elle met en garde contre l’idée selon laquelle l’IA peut remplacer la réflexion humaine. « Comme nos muscles s’atrophient sans usage, notre cerveau perd sa capacité à raisonner profondément si on ne l’entraîne pas », explique-t-elle. L’IA, surtout générative, tend à produire des réponses standardisées, ce qui nuit à l’originalité et à la valeur différenciante des individus. Malgré une utilisation quotidienne de six à huit outils d’IA — principalement pour le traitement de données — Rashidi insiste sur une règle fondamentale : « L’IA doit accélérer mon travail, pas le faire à ma place. » Elle utilise ces outils pour identifier des tendances et des modèles, mais conserve entièrement la responsabilité de l’analyse, de la synthèse et de la prise de décision. Dans ses communications personnelles — courriels, discours, interactions stratégiques — elle ne recourt jamais à l’IA. « Ce qui vient du cœur ou de l’esprit doit être authentique, sincère et intentionnel. Il ne peut pas être généré automatiquement », affirme-t-elle. Elle critique également la culture du copier-coller, où les utilisateurs acceptent aveuglément les réponses d’IA sans vérification. Elle rappelle que beaucoup de contenu aujourd’hui est généré par l’IA et recyclé pour entraîner d’autres modèles, créant un cercle vicieux de superficialité. « L’IA peut servir de brouillon, mais jamais de produit final », prévient-elle. Un exemple marquant vient de son expérience avec une équipe de science des données dans une entreprise du Fortune 500. Un jeune analyste a produit un rapport identique à celui d’un senior en moins de la moitié du temps, en se basant uniquement sur les réponses de ChatGPT. Mais cette efficacité était illusoire : le processus de recherche et de vérification avait été sauté. Rashidi a alors instauré une nouvelle règle : l’IA ne peut servir qu’à faciliter, non à remplacer, le travail. « Je paie pour votre cerveau, pas pour un abonnement à OpenAI », a-t-elle déclaré à son équipe. Enfin, elle insiste sur l’importance de ralentir pour mieux penser. Face à l’avalanche d’informations, la compétence la plus précieuse n’est plus la vitesse, mais la capacité à distinguer le signal du bruit, à valider les informations et à innover. L’avenir appartient à ceux qui maîtrisent l’IA sans en devenir dépendants. Experte en transformation numérique et IA, Sol Rashidi est reconnue pour son approche humaniste de la technologie. Son entreprise aide les organisations à intégrer l’IA de manière responsable, en préservant l’agilité, la créativité et l’authenticité humaines.
