Prédiction des éruptions volcaniques sur Terre et Vénus
Les prévisions d'éruptions volcaniques sur Terre et sur Vénus ont été significativement améliorées grâce à une étude détaillée de l'éruption du Mauna Loa en 2022. Lors de cet événement de treize jours, un flux de lave menaçait directement la route Saddle Road, une artère vitale pour la population hawaïenne. Bien qu'il ait été impossible à l'époque de prédire avec certitude si le lave atteindrait la route, les scientifiques disposent désormais d'outils supérieurs pour surveiller les éruptions en temps réel. Cette avancée repose sur la combinaison de données satellitaires provenant de sources publiques et privées, notamment les satellites Planet SuperDoves, Landsat 8 et Sentinel 2, ainsi que sur des algorithmes d'apprentissage automatique développés à l'Université de Pittsburgh. Ian Flynn, chercheur à l'Université de Pittsburgh, et le professeur Michael Ramsey ont utilisé ces nouvelles ressources pour cartographier la progression du front de lave. Leurs analyses ont permis de visualiser en temps réel l'avancée du magma vers la route, confirmant que le flux s'est arrêté à environ 2,4 kilomètres de celle-ci. Au-delà de la localisation du flux, la recherche vise à anticiper les éruptions avant même que la lave ne commence à couler. En collaboration avec la Dra Claudia Corradino de l'Institut national italien de géophysique et de volcanologie, l'équipe a mis au point un algorithme capable d'identifier une augmentation thermique significative un mois avant le début de l'éruption du Mauna Loa. Si ce signal a été identifié a posteriori, cette découverte offre désormais une méthode pour détecter les signes précurseurs de manière proactive. Chaque volcan possède un comportement unique, souvent décrit par le chercheur comme une « personnalité » distincte, ce qui nécessite des modèles de prédiction adaptés à chaque site plutôt qu'une solution universelle. Une autre percée majeure concerne la mesure de l'épaisseur des coulées de lave. Flynn a collaboré avec Shashank Bhushan de la NASA Goddard Space Flight Center pour adapter une méthodologie utilisée initialement pour l'étude des glaciers. Cette approche permet de passer d'une analyse bidimensionnelle de la surface à une estimation tridimensionnelle du volume et de l'épaisseur de la lave. Ces données sont cruciales pour comprendre si une éruption est à son apogée ou en déclin, ainsi que pour évaluer les risques liés aux émanations de gaz toxiques tant que la lave reste chaude. Le suivi des tendances thermiques aide également à analyser la composition chimique de la lave au fur et à mesure de son refroidissement. Ces progrès sur Terre ont des implications directes pour l'exploration planétaire. Les modèles de refroidissement de la lave établis sur le Mauna Loa permettent aux scientifiques de mieux interpréter les flux actifs détectés sur Vénus. En tenant compte des différentes conditions environnementales entre les deux planètes, les chercheurs peuvent affiner leurs modèles pour identifier l'activité volcanique extraterrestre. L'objectif final n'est pas de trouver une méthode unique pour tous les volcans, mais de développer des systèmes de surveillance sur mesure pour chaque site, garantissant une meilleure sécurité pour les populations locales et une compréhension accrue de la dynamique volcanique à l'échelle planétaire.
