Google accusé de vol de contenu par le patron de People Inc. : « Acteur malveillant » selon le CEO
Neil Vogel, PDG de People, Inc. (anciennement Dotdash Meredith), le plus grand éditeur numérique et imprimé aux États-Unis, a accusé Google d’agir comme un « mauvais acteur » en utilisant le même robot d’indexation pour alimenter à la fois son moteur de recherche et ses produits d’intelligence artificielle. À la conférence Fortune Brainstorm Tech, Vogel a souligné que Google emploie un seul robot (crawler) pour deux usages contradictoires : indexer les contenus pour le trafic organique, tout en les utilisant gratuitement pour entraîner ses modèles d’IA. Selon lui, cette pratique constitue une concurrence déloyale, car Google tire profit du contenu produit par les éditeurs sans les rémunérer, tout en continuant à capter une part significative de leur trafic. En 2021, Google représentait près de 90 % du trafic web de People, Inc. ; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à environ 25 %, selon Vogel, qui reconnaît toutefois que son entreprise a réussi à diversifier ses sources de trafic et à croître en revenus. « Je ne me plains pas, mais ce qui est injuste, c’est qu’on ne puisse pas utiliser notre contenu pour concurrencer les éditeurs », a-t-il ajouté. Pour contrer cette situation, People, Inc. a adopté une stratégie de blocage des crawlers d’IA via Cloudflare, une solution qui permet d’empêcher les entreprises d’IA non payantes d’accéder à son contenu. Cette mesure a déjà conduit des grands fournisseurs de modèles linguistiques à approcher l’éditeur pour négocier des accords de licence. Vogel a cependant souligné une limite majeure : il ne peut pas bloquer le crawler de Google, car cela entraînerait la désindexation de ses sites dans le moteur de recherche, coupant ainsi un canal de trafic essentiel. « Ils savent pertinemment que ce serait la fin de leur visibilité, et pourtant ils ne séparent pas leurs robots. C’est donc une action intentionnelle, un comportement de mauvais acteur », a-t-il affirmé. Janice Min, PDG d’Ankler Media, a appuyé cette critique, qualifiant les géants technologiques comme Google et Meta de « voleurs de contenus » depuis longtemps. Matthew Prince, PDG de Cloudflare, a lui aussi exprimé son scepticisme face aux recours juridiques basés sur le droit d’auteur traditionnel, jugé inadapté à l’ère de l’IA. Selon lui, les modèles d’IA créent des œuvres dérivées, ce qui, selon la jurisprudence américaine actuelle, pourrait même être protégé par le fair use. Il a cité le règlement de 1,5 milliard de dollars entre Anthropic et les éditeurs de livres comme exemple : les entreprises d’IA ont accepté de payer pour préserver une décision judiciaire favorable. Prince est convaincu que Google, en proie à des tensions internes, sera contraint de rémunérer les créateurs de contenu d’ici un an. « Tout ce qui ne va pas dans le monde aujourd’hui est, à un certain niveau, la faute de Google », a-t-il lancé, en ajoutant que la plateforme a longtemps incité les éditeurs à privilégier le trafic aux dépens de la qualité du contenu, entraînant une course aux clics.
